Point de vue : Hommage à Masika, l’une des héroïnes de la RD Congo

(Kinshasa, le 05 Février 2016) Cette semaine, la République démocratique du Congo a perdu une héroïne. Rebecca Masika Katsuva, militante des droits des femmes qui a consacré sa vie à aider les victimes de viol dans l’est de ce pays, est décédée inopinément le 2 février.

Masika avait un grand cœur et un courage extraordinaire. Elle-même avait été violée – à plusieurs reprises – et avait été témoin des terribles violences infligées à son époux et à ses enfants. Elle avait pourtant réussi à transformer sa peine et sa souffrance en action. Sa maison de Buganga, dans la province du Sud-Kivu, était devenue un centre d’assistance aux autres victimes de violence sexuelle et aux enfants nés d’un viol. Au fil des ans, Mama Masika, comme elle était surnommée, a contribué à sauver des milliers de vies.

C’est en 2009, alors que je recueillais des informations sur les massacres et les viols massifs perpétrés dans l’est de la RD Congo, que j’ai rencontré Masika pour la première fois. J’ai été profondément touchée par sa bravoure. Lorsqu’elle apprenait qu’une attaque avait été menée par des groupes armés, Masika se rendait à cet endroit, souvent à pied, pour voir si elle pouvait porter secours aux femmes et aux filles qui avaient été violées. Si les victimes étaient trop grièvement blessées pour marcher, elle les portait sur son dos jusqu’à un hôpital ou jusqu’à son centre. Un jour, les combattants d’un groupe armé l’ont violée pour la punir d’avoir tenté de sauver d’autres femmes.

Grâce à son incessant travail de médiation familiale et dans les communautés, de nombreuses victimes – au départ rejetées par leurs maris et leurs familles en raison de la honte associée au viol – ont pu retourner chez elles. D’autres vivent encore au centre ou à proximité, faisant partie de la famille élargie et sans cesse croissante de Masika.

L’impact de Masika sur ces femmes et ces filles s’est révélé profond. De nombreuses victimes que j’ai rencontrées au cours des années m’ont confié que si elles étaient parvenues à surmonter leur terrible épreuve, c’est parce que Masika leur avait donné espoir.

Masika est décédée de complications liées à la malaria quelques mois avant de fêter ses 50 ans. Lorsque j’ai appris la nouvelle de son décès, le monde m’est soudain apparu plus sombre. Toutefois, Masika laisse derrière elle un héritage exceptionnel. Grâce à elle, les milliers de femmes et de filles dont elle a marqué la vie sauront qu’elles sont aimées, valorisées, autonomes, quelles que soient les souffrances qu’elles ont vécues.

Ma vie aussi s’est trouvée enrichie par le fait de l’avoir connue. Repose en paix, chère Masika.

Ida Sawyer
Senior Researcher
Human Rights Watch
+243 81 33 78 478 | +243 99 86 75 565
ida.sawyer@hrw.org
Twitter: @ida_sawyer

Ci – Joint le lien : https://www.hrw.org/fr/news/2016/02/05/point-de-vue-hommage-masika-lune-des-heroines-de-la-rd-congo 

RDC : La coalition des 33 ONGDH décrit un état des droits et libertés publiques préoccupant

(Kinshasa, le 02 février 2016) – La Coalition de 33 ONG pour le respect de la Constitution, en sigle CRC, est profondément préoccupée par l’enlisement du processus électoral, la fermeture des médias privés et indépendants; les entraves récurrentes à l’exercice de libertés de mouvement, réunion et manifestation pacifiques; et l’absence de volonté de la part du Gouvernement de libérer les prisonniers politiques et d’opinion.

Enlisement du processus électoral

La Coalition constate que plus de trois mois après la décision de la Cour Constitutionnelle enjoignant la CENI à publier un calendrier réaménagé, cette dernière ne s’est toujours pas exécutée. Par contre, ses dirigeants se livrent à ce jour à travers les provinces et villes du pays à une campagne au cours de laquelle ils tentent de subordonner l’organisation des élections dans les délais constitutionnels par la tenue du dialogue.

La Coalition rappelle que telle n’est pas la mission assignée à la CENI et ses dirigeants par la Constitution et la loi organique. Elle appelle les dirigeants de la CENI à faire preuve d’indépendance et exécuter la décision de la Cour Constitutionnelle en ce qui concerne la publication urgente d’un calendrier réaménagé.

La Coalition exige à ce que toutes les opérations liées aux élections dont la révision du fichier électoral fassent l’objet d’un calendrier unique et réaménagé avec des échéances qui tiennent compte des délais constitutionnels principalement celui relatif à l’élection du Président de la république.

Fermeture des médias privés et indépendants

Pour la CRC, l’arrêté ministériel n° 001/CAB/MIN/COM-MED/2016 du 20/01/2016 du 20/01/2016 portant interdiction de diffusion d’entreprises privées du secteur audiovisuel non en règle vient confirmer la volonté du Gouvernement de museler toute presse qui tente de donner un son de cloche différent de celui émis sur les médias publics ou celle étiquetée comme appartenant à l’opposition, à l’instar de NYOTA TV et de MAPENDO appartenant à Moise Katumbi.

La CRC constate que cette mesure intervient plus d’une année après la mission mixte de contrôle de conformité médias – finances. Rapport sur base de laquelle, le Ministre s’est servi sous prétexte que les médias concernées ne se seraient pas acquittées des frais relatifs au droit de déclaration préalable à la redevance de contrôle de conformité et à la redevance audiovisuelle. Curieusement, la mesure ne frappe que deux entreprises audiovisuelles comme si sur l’ensemble de l’ancienne province du Katanga, elles seraient les seules à ne pas être en règle avec le fisc.

Aussi, précise – t – elle, qu’après vérification, la Radio Télévision NYOTA et MAPENDO sont en ordre. « La coalition considère que la mesure de suspension d’émission de ces deux chaines de Radio Télévision est politique. C’est un acharnement politique contre un membre de l’opposant, à savoir Monsieur Moise KATUMBI, en raison de son combat en faveur du respect de la constitution s’agissant de la fin du deuxième et dernier mandat du Président sortant de la RDC », insiste la Coalition.

« Les fermetures des médias privés et indépendants constituent des crimes contre la démocratie et l’Etat de droit. Leurs auteurs et complices devront être poursuivis et sanctionnés conformément aux lois de la RDC dont l’article 180 du code pénal qui prévoit et puni les atteintes à l’exercice ou la jouissance des droits fondamentaux des citoyens », a déclaré Me Timothée Mbuya, Membre de la Coalition.

La Coalition exige que le Gouvernement rouvre tous les médias fermés en conformité avec les obligations internationales de la RDC et de la Constitution qui garantissent les libertés d’expression et d’opinion, le droit à l’information et l’accès libre de tous les courants aux médias officiels. Elle réclame aussi la protection des journalistes, principalement des medias officiels, car ceux par exemple de la RTNC/Katanga qui avaient diffusé en décembre 2014 le  meeting politique de Monsieur Moise KATUMBI, alors Gouverneur de province, ou dénoncé la tentative de modification de la constitution pour un troisième mandat communément appelé « 3eme faux pénalty », ont été soit mutés, soit suspendus sur base des motifs factices.

Entraves aux libertés de mouvement, réunion et manifestation pacifique

La Coalition condamne les restrictions aux libertés de mouvement, réunion et manifestation pacifique qui se poursuivent en RDC contre les membres de l’opposition politique et de la société civile. Les agents de sécurité sont de plus en plus utilisés par le gouvernement pour empêcher certains leaders de l’opposition à se déplacer facilement à l’intérieur du territoire national.

A titre d’illustration :

-Le 04 janvier 2016, à PUNIA, province de Maniema, l’Administrateur du territoire a dispersé une réunion des membres de la Fédération des Entreprises congolaises (FEC) accusés d’appartenir à l’opposition.

-Depuis décembre 2015 à ce jour M. Raphaël NGONGO, représentant de l’UDPS/Kibombo, province de Maniema, est détenu par l’ANR pour avoir affiché devant son bureau un calicot s’opposant au dialogue national.

-Le 11 janvier 2016, le directeur provincial de l’ANR/Bukavu a convoqué les gérants d’hôtels et salles de fête pour les informer qu’il leur est interdit  de louer leurs lieux aux membres de l’opposition et de la société civile.

-Le 20 janvier 2016, M. Charles MWANDO SIMBA, député et président du parti de l’opposition UNADEF a été empêché, par des agents de l’ANR, de se rendre à Kalemie qui est sa circonscription électorale. Le même jour à Kalemie, ses partisans ont été empêchés de s’amasser à l’aéroport pour l’accueillir. La personne qui avait loué à son parti un véhicule pour la mobilisation de ses partisans a été interpellée par l’ANR et détenue pendant plusieurs heures avant d’être relâchée.

Absence de volonté politique pour libérer les prisonniers politiques et d’opinion

Lors de son allocution faite le 28 novembre 2015 à la Nation, le Chef de l’Etat avait annoncé l’organisation du dialogue politique national et des mesures individuelles de grâce ainsi que des instructions données au Gouvernement pour la libération des prisonniers politiques et d’opinion.

La Coalition constate avec préoccupation que deux mois après, les détenus ou prisonniers politiques et d’opinion ne sont pas libérés. Il s’agit de MM. Eugène DIOMI NDONGALA, Eric KIKUNDA, Vano KIBOKO, Jean-Claude MUYAMBO, Christopher NGOIE, Freud BAUMA, Yves MAKWAMBALA, Jerry OLENGA, Paulin LODY, NGUWA Léon, NUMULINDA BOKURU Joêl, BONGOMISA NZINGA Giresse, détenus à la prison de Makala à Kinshasa; Paul KIKUKAMA, à la prison de la Kasapa à Lubumbashi; et KOMBI Narcisse Juvin, BYUMANINE Pascal, FUMBU Innocent, WETEMWAMI HESHIMA SAIDI, SEMUNDA RWAMAKUBA Gervais, KATEMBO KALINDALO Nelson, KAMBALE MUHASA Jonathan, KAKULE KILALA Osée, SEMIVUMBI Jojo, MUMBERE Espoir, BENU BAHATI et LONGALE MATESO, à la prison de Munzenze à Goma.

Jean-Marie KALONJI, qui a été enlevé le 15 décembre 2015 à Kinshasa est toujours détenu au cachot de l’ANR sans droit de visite familiale, ni d’assistance de son conseil.

La Coalition condamne l’enlèvement de l’opposant Vano KIBOKO de la prison Makala par des agents de sécurité et sa détention arbitraire à ce jour à la prison militaire de Ndolo.

La Coalition appelle vivement le Chef de l’Etat à faire libérer ces détenus ou prisonniers politiques et d’opinion pour faire conformer la RDC à ses obligations internationales relatives au respect des droits de l’homme et principes de la démocratie, a déclaré Me Georges Kapiamba, Coordonnateur de la CRC.

« C’est de cette façon qu’il concrétisera sa promesse, faite le 28 novembre 2015, de travailler à l’apaisement des esprits et la réconciliation nationale avant l’organisation des élections dont présidentielle réclamées par la population avant fin 2016 », a-t-il conclu.

La CRC recommande à toutes les forces vives à s’unir davantage pour défendre la Constitution, les droits de l’homme et la démocratie.

SYC

Ci-joint : COMMUNIQUE COALITION POUR LE RESPECT DE LA CONSTITUTION

RDC : Audience contre un condamné de la CPI pour crimes de guerre

(Kinshasa, le 3 février 2016) – Une cour militaire de la République Démocratique du Congo a demandé le 25 janvier 2016 à Germain Katanga, un condamné de la Cour pénale internationale (CPI), de présenter sa défense et sa liste de témoins lors d’une audience qui se tiendra le mercredi 3 février. La procédure concerne de nouveaux chefs d’inculpation pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité portées à l’encontre de Germain Katanga par le procureur général militaire devant la Haute Cour Militaire du Congo à Kinshasa, la capitale, le 30 décembre 2015. Germain Katanga n’a disposé que de peu de temps pour préparer sa défense et sa liste de témoins

Lors de l’audience, qui devait initialement se tenir le 29 janvier, Katanga devra fournir les grandes lignes de sa défense et exposer les arguments juridiques et factuels et les témoins qu’il compte présenter durant le procès. Les quelques jours qui lui a été accordés pour présenter ces informations sont largement insuffisants pour des crimes présumés d’une telle gravité. Cette situation est contraire au droit de disposer du temps et des facilités nécessaires pour préparer sa défense, un droit reconnu en droit international des droits humains et en droit congolais, selon Human Rights Watch.

Le 21 janvier dernier, la présidence de la CPI a demandé aux autorités congolaises de transmettre des informations supplémentaires à la cour afin que cette dernière soit en mesure de décider si elle autorise ou non de nouvelles procédures contre Katanga devant le système judiciaire congolais. Selon l’article 108 du Statut de la CPI, un Etat où un condamné de la CPI purge une peine prononcée par la CPI doit préalablement obtenir l’autorisation de la Cour avant d’engager de nouvelles poursuites contre cette personne.

« Exiger de Germain Katanga qu’il soit prêt en quelques jours seulement à présenter sa défense et sa liste de témoins pour des allégations de graves crimes commis il y a plus de dix ans dans le Nord-Est de la RD Congo, bien loin de la salle d’audience à Kinshasa, vide de son sens son droit à préparer sa défense, » a déclaré Géraldine Mattioli-Zeltner, directrice du plaidoyer sur la justice internationale à Human Rights Watch. « En plus de respecter les droits de Katanga à un procès équitable, les autorités judiciaires congolaises doivent fournir à la CPI les informations qu’elle a demandées afin de décider si elle autorise cette nouvelle procédure. »

Katanga servait dans la prison centrale de Kinshasa le reste de sa peine de 12 ans de prison délivrée par la CPI en mars 2014 pour complicité de crimes de guerre commis dans le village de Bogoro, dans le district de l’Ituri. L’affaire devant la CPI ne concernait que le massacre de Bogoro. Bien que la peine de la CPI, qui avait été réduite en novembre, ait pris fin le 18 janvier dernier, Katanga demeure toujours en détention du fait des nouveaux chefs d’inculpation à son encontre.

La décision de renvoi du 30 décembre dernier, dans laquelle le procureur militaire notifie les charges à l’encontre de Katanga, ne fournit aucun détails quant aux crimes spécifiques qui lui sont reprochés, ni à quelles dates et où ils auraient été commis. De plus, le système judiciaire congolais ne prévoit pas d’aide légale aux accusés indigents.

C’est la première fois que de nouvelles poursuites sont engagées à l’encontre d’un individu déjà condamné par la CPI. L’affaire soulève de nombreuses questions concernant la stratégie de la CPI en matière de poursuites, ainsi qu’au sujet de l’interaction entre la CPI et les tribunaux nationaux (connue sous le nom de complémentarité). Cette affaire constitue un test pour la capacité du système judicaire congolais à traiter des graves crimes internationaux de manière indépendante, efficace et équitable, a ajouté Human Rights Watch.

SYC

Pour les informations générales sur l’affaire Katanga, visitez le communiqué de presse de Human Rights Watch:
https://www.hrw.org/fr/news/2015/12/23/rd-congo-un-condamne-de-la-cpi-poursuivi-par-la-justice-nationale

Pour lire la décision de la Présidence de la CPI ordonnant à la République démocratique du Congo de fournir des informations supplémentaires, visitez:

https://www.icc-cpi.int/iccdocs/doc/doc2193147.pdf

Pour consulter le document contenant les charges déposées par le procureur militaire congolais, visitez:

https://www.icc-cpi.int/iccdocs/doc/doc2190078.pdf