RDC : 300 ONG recommandent le « dialogue inclusif » à la classe politique

(Kinshasa, le 5 octobre 2016) – Plus de 300 Organisations de la Société Civile (OSC) de la RDC condamnent vivement la réaction disproportionnée et brutale des forces de l’ordre de la RDC ayant entrainée morts d’hommes parmi les manifestants pacifiques ainsi que la destruction méchante des biens publics et privés par les inciviques. Ci – dessous, l’intégralité de la déclaration officielle:

CADRE DE LA SOCIETE CIVILE POUR LE DIALOGUE INCLUSIF
Seul le calendrier électoral consensuel issu d’un Dialogue Inclusif peut rassurer

Plus de 300 Organisations de la Société Civile (OSC) de la RDC se disent indignées de la  tournure prise par la manifestation pacifique organisée par le Rassemblement de partis politiques d’opposition congolaise et la répression brutale dans le sang, des manifestants sans moyen de défense, les 19 et 20 Septembre 2016, à Kinshasa. Elles condamnent vivement la réaction disproportionnée et brutale des forces de l’ordre de la RDC ayant entrainée morts d’hommes parmi les manifestants pacifiques ainsi que la destruction méchante des biens publics et privés par les inciviques. Les OSC appellent à la mise en place d’une commission indépendante, au besoin internationale, en vue de mener des enquêtes crédibles et impartiales pour faire la lumière  sur les différents incidents enregistrés sur toute l’étendue du territoire national.

Les OSC sont convaincues que pareille situation ne doit plus se répéter. Pour ce faire, elles recommandent vivement au Président de la République et sa famille politique, au Rassemblement de l’opposition ainsi que la Communauté Internationale de revenir à un Dialogue Inclusif basé sur le respect absolu de la Constitution du pays et  de la Résolution 2277, en vue de trouver un compromis politique nécessaire pouvant permettre la relance du processus électoral délibérément plongé dans l’impasse artificielle par des politiciens égoïstes.

Les signataires de la  présente déclaration saluent  le courage des Organisations de la société Civile et de la CENCO pour avoir suspendu leur participation aux travaux de la cité de l’UA, à Kinshasa, cela  non seulement en signe  de protestation contre les tueries des innocents sans moyen de défense et les actes de vandalisme perpétrés contre les biens publics et privés, mais également en prévision de la recherche du consensus  autour du dialogue  réellement inclusif.

Par conséquent, elles recommandent aux OSC et la CENCO de ne reprendre leur participation qu’aux conditions suivantes :

  1. L’amélioration des conditions d’organisation de dialogue réellement inclusif entre la  majorité présidentielle et   les forces politiques de l’opposition (le Rassemblement, G7, Dynamique, Alternance pour la république, UDPS et Alliés, autres forces politiques et sociales du pays) ;
  2. L’ouverture des médias fermés des personnalités privées ;
  3. La libération immédiate et inconditionnelle des tous les prisonniers politiques sur l’ensemble du pays ;
  4. La cessation avec des tracasseries judiciaires, fiscales et administratives autour  de certaines personnalités politiques (Cas de Monsieur Moise Katumbi qui doit rentrer au pays pour prendre part au Dialogue Inclusif et bien d’autres acteurs politiques, etc.)

Par ailleurs, les Organisations estiment qu’il revient à la CENI restructurée et investie du pouvoir d’organiser des élections en dehors du délai constitutionnel d’adapter le calendrier électoral au consensus politique issu du dialogue inclusif.

RDC : LUCHA exige la libération d’Assane Lobia à Kinsangani et celle d’autres activistes pro-démocratie à Kinshasa

(Kisangani, le 4 octobre 2016) – C’est avec consternation que le mouvement citoyen Lutte pour le Changement (LUCHA) affirme avoir appris l’enlèvement en date du 26 septembre dernier par les services de sécurité de la Province du Haut-Uélé, d’un jeune Avocat et activiste pro-démocratie en la personne de Maitre ASSANE LOBIA Dieudonné-Serge. Après 72 heures de détention au secret par l’Agence Nationale des Renseignements, il a été transféré à la prison centrale d’Isiro, où il est toujours détenu à ce jour, dans des conditions inhumaines.

Maitre ASSAN LOBIA, membre de l’association ‘’Vox Uélé’’, est l’auteur d’une pétition collective initiée au courant du mois de septembre dernier et qui dénonçait, entre-autres, la mauvaise gouvernance de la nouvelle province du Haut-Uélé, l’enrichissement illicite de ses dirigeants au détriment du peuple, l’opacité dans la gestion des ressources de la Province, l’endettement excessif de cette dernière et l’intolérance politique dans les médias publics. Il a par ailleurs fustigé l’entrée et l’accueil dans cette province de centaines de rebelles sud-soudanais avec armes et munitions depuis le mois de juillet, et exigé leur rapatriement ou délocalisation.

« Après le lancement de la récolte des signatures requises en faveur de la pétition sus-évoquée, tel qu’il ressort des alertes publiées par Maitre ASSAN LOBIA sur son mur Facebook, ce dernier ainsi que ses collègues activistes œuvrant à Isiro ont fait l’objet de plusieurs menaces de mort de la part des personnes proches de l’actuel Gouverneur du Haut-Uélé Monsieur LOLA KISANGA Jean-Pierre, avant d’être délogés de leurs hôtels sur ordre de ce dernier, traqués jour et nuit, et inculpés d’incitation à la révolte et d’outrage à un Gouverneur de Province. Certains d’entre eux ont été libérés en l’occurrence Messieurs KADJO et  MOZENGE  et à ce jour seul Maitre ASSAN LOBIA est maintenu en prison », rapporte le communiqué.

Récemment encore, à Kisangani, ce fut Monsieur TOKOLE ILONGO Jean, Gouverneur de la Province de la Tshopo qui, avec la complicité des services de sécurité et des autorités judiciaires, a procédé à la répression d’une manifestation pacifique organisée par des membres de mouvements citoyens et certains partis politiques afin d’exiger de la CENI la convocation du corps électoral en vue de l’élection du Président de la République. Les personnes arrêtées lors de ces manifestations des 19 et 20 septembre sont injustement maintenus en détention.

Au même moment, les militants arrêtés à Kinshasa dans début septembre dans le cadre de l’initiative “Chemin de la Paix” de Dr Denis Mukwege sont toujours détenus injustement.

Au regard de ce qui précède :

La LUCHA juge l’enlèvement et l’inculpation de tous ces  militants attentatoire aux droits et libertés fondamentaux garantis aux citoyens par la Constitution et les instruments juridiques internationaux auxquels notre pays est partie. En effet, l’article 27 de la Constitution du 18 février 2006 reconnait à tout citoyen le droit d’adresser individuellement ou collectivement une pétition à l’autorité publique qui y répond dans les trois mois. La même disposition prescrit, en outre, que nul ne peut faire l’objet d’incrimination sous quelque forme que ce soit pour avoir pris pareille initiative. L’implication du Gouverneur du Haut-Uélé, Monsieur LOLA KISANGA Jean-Pierre, dans l’enlèvement de Maître ASSANI LOBIA n’est plus à démontrer et dénote d’une méconnaissance grave des droits civils et politiques consacrés par notre arsenal juridique en faveur des citoyens.

Par conséquent, elle exige la libération sans condition du militant ASSAN LOBIA Dieudonné-Serge ainsi que celle de militants du mouvement detenus à Kisangani et à Kinshasa, et attirons l’attention des autorités politiques, judiciaires et sécuritaires nationales et provinciales sur leur responsabilité dans tout ce qui surviendrait contre l’intégrité tant physique que morale de ces activistes. 

La LUCHA dénonce et condamne avec la dernière énergie les actes de torture et de traitement inhumain et dégradant que ces militants ont subi  dans les geôles des services de sécurité et ceux qu’ils continuent à subir  dans les lieux où ils sont injustement détenus.

La LUCHA déplore  la persistance des autorités politico-administratives dans des approches et méthodes liberticides non-propices à la cohésion entre différents acteurs en cette période cruciale où l’impasse volontairement créée en vue de bloquer le processus électorale fragilise la paix et rend très volatile la quiétude des citoyens dans notre pays. 

La LUCHA tient enfin à rappeler (une fois de plus) que les jeunes militants qui s’expriment pacifiquement devaient être encouragés et écoutés car constituant des modèles et des alternatives dans un pays où la culture de la violence est à la base de méfaits graves dont la nation continue à payer le lourd tribut jusqu’à ce jour.

SYC