RDC : Les violations des droits humains ont augmenté de 30% en 2016

Le nombre de violations des droits humains en République démocratique du Congo a augmenté de 30% en 2016, une hausse causée pour une large part par une violente répression exercée par les agents de l’État contre les détracteurs du régime, selon un nouveau rapport des Nations Unies. 

Dans ce rapport publié cette semaine, le Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l’homme (BCNUDH) a documenté un total de 5 190 violations des droits humains à travers la RD Congo, soit une nette augmentation, liée à la fois à la répression relative aux problèmes électoraux du pays et à l’accroissement des activités de plusieurs groupes armés.

Les agents de l’État – en particulier la police nationale – ont été responsables de près de 64% de toutes les violations des droits humains documentées en 2016, tandis que les groupes armés ont été responsables du reste, c’est-à-dire de 36% de ces violations. Le nombre des violations commises par des agents de l’État a augmenté de plus de 62% par rapport à 2015.

L’ONU a documenté un total de 480 victimes d’exécutions extrajudiciaires commises par des agents de l’État, soit une hausse de 63% par rapport à 2015. Nombre de ces victimes ont été tuées par balles par les forces de sécurité lors de la répression violente de manifestations de protestation contre les efforts qui visaient à maintenir le président Joseph Kabila au pouvoir au-delà de la limite fixée par la constitution et correspondant à la fin de son second mandat, le 19 décembre 2016.

Le nombre des violations des droits humains et des libertés fondamentales liées au rétrécissement de l’espace démocratique en 2016 a été plus de quatre fois supérieur au nombre de telles violations documentées en 2015, et les droits aux libertés de réunion, d’opinion et d’expression sont exposés à de graves risques.

De nombreux médias et journalistes ont été pris pour cibles et ont subi des abus de la part d’agents du gouvernement, tandis que les opposants politiques étaient poursuivis en justice, dans des procès intentés pour des motifs politiques. Le gouvernement a également failli à sa responsabilité d’ouvrir des enquêtes crédibles sur les violations des droits humains qui étaient documentées, selon le rapport.

Bien que la majorité (66%) des violations des droits humains documentées aient été commises dans l’est du pays, une augmentation sensible des violations documentées a aussi été observée dans les provinces du sud et de l’ouest, due notamment à la répression politique exercée dans tout le pays, à la résurgence des combats inter-ethniques entre les communautés Twa et Luba dans la province du Tanganyika, ainsi qu’à des combats entre les forces de sécurité et la milice Kamuina Nsapu dans les provinces du Kasaï.

Ida SawyerDirectrice pour l’Afrique centrale (via SYC)

RDC : La VSV dénonce le harcèlement contre Ida Sawyer de HRW !

(Kinshasa, le 23 janvier 2017) – La Voix des Sans-Voix pour les Droits de l’Homme (VSV) dénonce avec la dernière énergie, le harcèlement contre madame Ida Sawyer, Directrice chargée de l’Afrique Centrale de l’organisation américaine «Human Rights Watch (HRW)», victime d’une deuxième expulsion, vendredi 20 janvier 2017, de la République Démocratique du Congo (RDC).

Arrivée à Goma (chef-lieu de la province du Nord-Kivu), mercredi 18 janvier 2017, en provenance des Etats-Unis d’Amérique via la République du Rwanda avec un visa obtenu en bonne et due forme auprès de l’Ambassade de la RDC à Washington, Mme Ida Sawyer a d’abord travaillé normalement, jeudi 19 janvier 2017, dans le bureau de HRW de Goma avant d’être convoquée à la direction provinciale de la Direction Générale de Migration (DGM).

Vendredi 20 janvier 2017, Mme Ida Sawyer s’est présentée dans le bureau de la DGM pour répondre à l’invitation lui adressée avant d’être signifié par le Directeur provincial de cette institution qu’elle est « indésirable en RDC ». La victime a été reconduite à la frontière de la RDC par les agents de la DGM de la province du Nord-Kivu et renvoyée au Rwanda où les autorités rwandaises de l’immigration ont d’abord refusé de la recevoir avant de se rebiffer.

Il sied de souligner que les agents de la DGM qui avaient travaillé le jour que Mme Ida Sawyer est entrée en RDC ont été suspendus de leurs fonctions. Il s’agit de Mme Gertrude Kamara (chef de poste), M. Shangu Muhindo Demo et M. John Kabala (chefs de postes adjoints) ainsi que M. Lema (agent).

Pour mémoire, Mme Ida Sawyer a été expulsée en 2016 lorsqu’elle voulait renouveler son visa de long séjour en RDC. Tout porte à croire que le refus de renouveler le visa de Mme Ida Sawyer en 2016 et sa deuxième expulsion en 2017 sont motivés par ses activités de promotion et défense des droits de l’homme notamment la dénonciation de plusieurs violations des droits de l’homme par l’Etat congolais dont les répressions des manifestations publiques, les exécutions sommaires et extrajudiciaires, etc.

La VSV rappelle aux autorités congolaises que l’une des caractéristiques des droits de l’homme est leur universalité. Par conséquent, toute citoyenne ou tout citoyen du monde quel que soit le lieu où elle/il se trouve y compris en dehors de son pays peut œuvrer pour la promotion et la défense des droits de la personne humaine.

Tout en dénonçant la suspension illégale des agents de la DGM/Goma, la VSV invite les autorités congolaises à :

  • revenir sur leur décision, en vue de permettre à Mme Ida Sawyer de vaquer librement à ses activités de promotion et défense des droits de l’homme en RDC ;
  • lever la mesure de suspension prise contre les agents de la DGM afin de les réhabiliter dans leurs fonctions.

SYC

RDC : Avec un visa régulier, Ida Sawyer de Human Rights Watch de nouveau expulsée !

(New York) – Ida Sawyer, directrice pour l’Afrique centrale à Human Rights Watch, a été obligée de quitter la République démocratique du Congo le 20 janvier 2017, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Les autorités chargées de l’immigration de la ville de Goma, dans l’est du pays, ont annulé son visa et l’ont escortée à la frontière.

Ida Sawyer est entrée en RD Congo le 13 janvier avec un visa de trois mois à entrées multiples qu’elle avait obtenu le 5 janvier à l’ambassade congolaise de Bruxelles, en Belgique. Ida Sawyer est basée à Bruxelles depuis août 2016, moment où les autorités congolaises avaient révoqué son permis de travail puis avaient refusé de le renouveler et lui avaient intimé de quitter le pays. Avant cela, Ida Sawyer vivait et travaillait en RD Congo pour Human Rights Watch depuis janvier 2008.

« Le fait de délivrer à Ida Sawyer un visa un jour et de le révoquer 15 jours plus tard remet en question l’engagement du gouvernement congolais à inverser le climat de répression qui règne dans le pays », a indiqué Kenneth Roth, directeur exécutif de Human Rights Watch. « Nous espérons que la situation sera rapidement résolue et qu’Ida Sawyer sera bientôt autorisée à retourner en RD Congo pour y mener ses travaux sans interférences. »

Le 19 janvier, le ministre de la Communication Lambert Mende a déclaré à un média congolais qu’Ida Sawyer « n’était pas autorisée » à se déplacer en RD Congo et qu’elle était « toujours indésirable ». Le 20 janvier, les autorités chargées de l’immigration à Goma ont informé Ida Sawyer qu’elle était considérée comme un « cas spécial » et qu’elle nécessitait une autorisation écrite du directeur général de la Direction Général de Migration (DGM) avant de solliciter un visa.

Ida Sawyer à Goma, dans l’est de la RD Congo, le 18 janvier 2017.
© 2017 Privé

Ida Sawyer n’avait pas été informée de cette « procédure spéciale » lorsqu’elle a fait sa demande de visa ou lorsqu’elle est entrée dans le pays. Les autorités ont ensuite annulé le visa d’Ida Sawyer et l’ont escortée à la frontière avec le Rwanda voisin. Juste avant de franchir la frontière, des fonctionnaires de l’immigration ont remis à Ida Sawyer un document disant que son visa n’était pas en règle avec les conditions de son obtention.

Ida Sawyer n’a pas signé le document, étant donné que toutes les procédures régulières avaient été suivies lorsque le visa lui a été délivré et quand elle est entrée dans le pays. L’avocat de Human Rights Watch en RD Congo a adressé un courrier au directeur général des services de l’immigration le 21 janvier, demandant à ce qu’Ida Sawyer soit autorisée à retourner en RD Congo.

D’autres hauts fonctionnaires, cependant, avaient auparavant informé Ida Sawyer en privé qu’elle avait été autorisée à revenir en RD Congo dans le cadre des efforts de décrispation du gouvernement après un accord sous la médiation de l’Église catholique ait été signé à la Saint-Sylvestre par des membres de l’opposition, de la coalition au pouvoir et d’organisations de la société civile.

L’accord intervient après deux ans de tensions politiques accrues et de répression brutale à l’encontre des défenseurs des droits humains et des activistes pro-démocratie, de l’opposition politique, des médias et des manifestants pacifiques alors que le président Joseph Kabila cherchait à se maintenir au pouvoir au-delà du terme des deux mandats consécutifs autorisés par la constitution en date du 19 décembre. L’accord de la Saint-Sylvestre prévoit que les élections présidentielles auront lieu avant la fin de l’année 2017.

En vertu de cet accord, un nouveau Premier ministre – issu de la coalition d’opposition Rassemblement – sera nommé, et l’opposition dirigera le Conseil national de suivi de l’accord et du processus électoral (CNSA). L’accord indique qu’il n’y aura pas de tentatives de modification de la constitution, d’organisation d’un référendum ou d’autorisation de briguer un troisième mandat pour Kabila. L’accord appelle aussi à la mise en œuvre de mesures de décrispation, notamment la libération des prisonniers politiques et la réouverture des médias fermés.

SYC

Ci-joint le lien : https://www.hrw.org/fr/news/2017/01/23/rd-congo-une-chercheuse-de-human-rights-watch-expulsee