RDC : Les Congolais rendent hommage au Lider Maximo, le symbole de la résistance pacifique

Des centaines de Congolais se sont rassemblés mercredi  soir dans la commune de Limete à Kinshasa, après avoir appris le décès, le jour même à Bruxelles, d’Étienne Tshisekedi, qui fut longtemps l’un des principaux dirigeants de l’opposition en République démocratique du Congo. Il avait quitté la RD Congo la semaine dernière pour suivre un traitement médical.

La police s’est déployée pour contrôler les attroupements devant la résidence de Tshisekedi et devant le siège de son parti, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS). L’atmosphère s’est tendue, certains manifestants lançant des pierres et proférant des insultes à l’encontre du président Joseph Kabila ; la police a répliqué par des tirs de gaz lacrymogènes. Mais le sentiment de deuil et la tristesse étaient également palpables.

Parmi les personnes rassemblées, beaucoup étaient en larmes, d’autres ont rédigé des messages à l’adresse de la famille de Tshisekedi dans un livre de condoléances ; et certains s’interrogeaient à voix haute sur les conséquences de sa mort pour le dialogue politique actuellement en cours sous l’égide de l’Église catholique et pour le combat qu’a mené Tshisekedi pour la démocratie et pour l’établissement de l’État de droit en RD Congo. Des dirigeants et des citoyens congolais de toutes tendances politiques, ainsi que des dignitaires étrangers, ont rendu hommage à Tshisekedi.

Surnommé le « Sphinx de Limete », Tshisekedi était devenu un symbole de la résistance pacifique et de la lutte pour la démocratie en RD Congo. Il était l’un des rares hommes politiques congolais à avoir régulièrement été du côté de l’opposition pendant les trois dernières décennies, prenant la tête de la résistance pacifique d’abord contre le dictateur Mobutu Sésé Séko avant de s’opposer au président Laurent Kabila, puis à son fils, l’actuel président Joseph Kabila.

À la suite de l’élection présidentielle de 2011, entachée par des allégations de fraude généralisée et par une violente répression, de nombreux Congolais étaient convaincus que Tshisekedi était le véritable vainqueur, bien que selon les résultats officiels, il n’avait obtenu que la deuxième place avec 32% des voix. Tshisekedi n’a jamais reconnu officiellement la victoire de Kabila.

Tshisekedi était également l’un des rares – sinon le seul – dirigeants politiques congolais à pouvoir mobiliser des foules dans la rue. À son retour à Kinshasa en juillet dernier, après un séjour de deux ans à l’étranger pour suivre des traitements médicaux, des centaines de milliers de personnes s’étaient assemblées pour l’apercevoir et l’entendre parler. Malgré son âge et une santé déclinante, c’est pour une large part grâce au sens du leadership de Tshisekedi et à sa volonté d’accepter des alliances que l’opposition est demeurée à peu près, et exceptionnellement, unie dans sa lutte en 2016 pour résister aux efforts de Joseph Kabila pour prolonger sa présidence au-delà des deux mandats que lui autorisait la constitution, qui ont expiré le 19 décembre 2016.

Le dialogue ouvert sous la médiation de l’Église catholique à la fin de l’année dernière a été marqué du sceau de la légitimité pour une large part grâce à l’approbation de Tshisekedi et à la participation de son parti, l’UDPS, et du Rassemblement, une coalition de partis d’opposition qu’il présidait. Ceci a conduit à la signature, à la veille du Nouvel An, d’un accord qui a permis de désamorcer une situation potentiellement explosive et de placer ostensiblement la RD Congo sur la voie de nouvelles élections en décembre 2017 et de la première transition politique démocratique dans ce pays. Cependant, la mise en œuvre de cet accord a été jusqu’à présent extrêmement lente, ce qui sème des doutes quant à la volonté réelle de Kabila et de ses partisans d’organiser ces élections.

Tshisekedi devait diriger un conseil chargé de superviser la mise en œuvre de l’accord et l’organisation des élections. Il est désormais difficile d’imaginer qui va pouvoir remplir le vide créé par son décès, et il reste à voir si l’opposition se révèlera capable de sauvegarder assez d’unité et de légitimité pour faire appliquer l’accord et maintenir la pression sur Kabila.

La meilleure manière pour les dirigeants politiques de la RD Congo de rendre hommage à Étienne Tshisekedi serait peut-être de placer les intérêts du pays au-dessus de toute autre considération et de travailler ensemble pour réaliser ce dont il a longtemps rêvé : une transition politique réellement pacifique et démocratique.

Ida Sawyer

Directrice pour l’Afrique centrale

RDC : Un mois plus tard, la mise en œuvre de l’accord de la Saint sylvestre a peu progressé !

Plus d’un mois après la signature d’un accord en République démocratique du Congo pour contrer la crise politique nationale, les progrès accomplis pour sa mise en œuvre ont été terriblement lents.

L’accord prévoit des élections en décembre 2017, ouvrant la voie au premier transfert de pouvoir démocratique dans ce pays. Toutefois, en dépit des efforts soutenus des évêques catholiques de la RD Congo, le délai du 28 janvier pour convenir les « arrangements particuliers » dont l’accord devrait être mis en place est passé en laissant de nombreuses questions sans réponse.

Le Président Joseph Kabila et l’élite politique du pays ont beaucoup à faire s’ils veulent sauver l’accord et convaincre la population de leur engagement à organiser des élections. Une réelle implication des partenaires régionaux et internationaux de la RD Congo est également cruciale, en offrant notamment un soutien technique pendant les négociations et pour la planification des élections et en maintenant la pression sur Joseph Kabila pour qu’il appuie la mise en œuvre de l’accord et inverse le climat de répression.

L’un des principaux points de désaccord concerne la façon dont le nouveau premier ministre sera désigné. Nombreux du côté de l’opposition soutiennent que Joseph Kabila devrait nommer la personne choisie par le Rassemblement, coalition de l’opposition, invoquant des clauses de l’accord qui indiquent que le Rassemblement choisira le nouveau premier ministre. Les membres de la majorité présidentielle de Joseph Kabila affirment que le Président devrait avoir le choix entre plusieurs noms.

La composition du nouveau gouvernement reste également un point de discorde. Tandis que les délégués aux pourparlers se sont finalement entendus sur la taille du nouveau gouvernement et sur le nombre de positions ministérielles et vice-ministérielles que chaque coalition obtiendrait, aucun accord n’a été conclu sur les personnes qui seraient nommées à ces postes, en particulier aux positions les plus importantes telles que les ministères du Budget, de la Défense, de la Justice et de l’Intérieur. Des décisions ont été aussi prises au sujet de la structure du Conseil national de suivi de l’accord et du processus électoral (CNSA), mais des divergences persistent en ce qui concerne l’attribution des postes au sein du conseil.

Le rôle que devrait jouer l’Église catholique pendant la transition divise également les acteurs, avec l’opposition demandant aux évêques de continuer de participer activement jusqu’à la tenue d’élections et la majorité déclarant que le Président doit d’abord clarifier ce point.

Bien que le Premier ministre actuel, Samy Badibanga, n’ait pas encore signé l’accord, la plupart des autres personnes opposées ont désormais donné leur adhésion, et le 28 janvier, la majorité présidentielle a officiellement appuyé l’accord et retiré ses « réserves » initiales. Joseph Kabila, lui-même, n’a pas signé l’accord, bien qu’il aurait déclaré lors de réunions qu’il soutenait l’accord et autorisait ses représentants à le signer.

Or, tandis que les délégués étaient occupés à débattre de ces autres questions, aucun progrès n’a été fait sur l’établissement d’un nouveau calendrier électoral. Les avancées ont également été lentes en ce qui concerne la « décrispation » ou les mesures de confiance. Bien que certains prisonniers politiques et activistes aient été libérés, des dizaines d’autres sont encore maintenus en détention.

Moni Della du parti politique de l’opposition Conservateurs de la Nature et Démocrates (CONADE), l’un des sept cas « emblématiques » abordés pendant le dialogue, a été libéré provisoirement le 28 janvier, mais les charges contre lui n’ont pas été levées. Moni Della a été arrêté il y a plus de quatre mois et accusé d’avoir incité la population à piller pendant les manifestations à Kinshasa le 19 septembre. Roger Lumbala est revenu à Kinshasa après avoir été exilé, mais les cinq autres « cas emblématiques » n’ont été ni libérés ni officiellement acquittés, y compris Moïse Katumbi, Jean-Claude Muyambo, Eugène Diomi Ndongala, Floribert Anzuluni et Antipas Mbusa Nyamwisi.

À Mbuji-Mayi, deux jeunes activistes de la LUCHA, Jean-Paul Mualaba Biaya et Nicolas Mbiya Kabeya, ont été acquittés mercredi. Ils devraient être libérés dans les prochains jours. Huit autres activistes pro-démocratie sont toujours en détention, notamment les quatre activistes de la LUCHA à Goma : Fabrice MutsirwaJacques Muhindo, Fiston Dunia et Glody Ntambwe ; l’activiste de la LUCHA à Kinshasa : Musasa Tshibanda ; et trois activistes de Compte à Rebours à Kinshasa : Chris Shematsi, John Ngandu et Samuel Bosasele. Ils étaient tous arrêtés avant la signature de l’accord.

Un autre activiste de Compte à Rebours, Bobo Mpolesha, a été arrêté à Kinshasa le 7 janvier et emmené dans une prison des services de renseignements militaires où il a été battu violemment. Libéré le 21 janvier, il récupère encore des blessures infligées au cours de sa détention.

L’un des organes de presse proches de l’opposition fermés arbitrairement, Canal Congo Télévision (CCTV), a pu émettre de nouveau. Toutefois, six autres chaînes restent bloquées : Radio Lisanga Télévision (RLTV), Radiotélévision Lubumbashi JUA (RTLJ), Nyota Télévision, Radiotélévision Mapendo, La Voix du Katanga et Congo News. Le signal de Radio France Internationale (RFI) est bloqué depuis près de trois mois maintenant à Kinshasa et dans la ville voisine de Brazzaville, en dépit des appels du gouvernement français et d’autres acteurs pour que la source d’actualités internationale la plus importante en RD Congo puisse émettre de nouveau.

De plus, justice n’a toujours pas été rendue pour les nombreuses personnes tuées l’année dernière par les forces de sécurité de l’État au cours des manifestations contre les tentatives de Joseph Kabila pour rester au pouvoir après la fin de son deuxième et dernier mandat autorisé par la constitution, le 19 décembre.

Ida Sawyer

Directrice pour l’Afrique centrale