RDC : HRW plaide pour un traitement humain et un procès équitable au Chef de guerre Ntabo Ntaberi Sheka

Kinshasa, le 27 Juillet 2017 – Ntabo Ntaberi Sheka, un chef de milice qui a été impliqué dans de nombreuses atrocités commises dans l’est de la République démocratique du Congo, s’est constitué prisonnier aujourd’hui auprès de la mission de maintien de la paix des Nations Unies dans le pays. Les autorités congolaises ont émis un mandat d’arrêt à l’encontre de Sheka en janvier 2011 pour crimes contre l’humanité pour viols massifs. Mais il est resté en fuite pendant plus de six ans, tandis que son groupe armé, connu sous le nom de Nduma Defense of Congo, a continué de commettre de graves crimes. Il n’a pas été immédiatement possible d’éclaircir les raisons de sa reddition.

Selon l’ONU, entre le 30 juillet et le 2 août 2010, la milice commandée par Sheka et deux autres groupes armés ont violé au moins 387 femmes, hommes, filles et garçons dans 13 villages situés le long de la route menant de Kibua à Mpofi dans le territoire de Walikale, dans l’est de la RD Congo.

Depuis l’émission du mandat d’arrêt, Human Rights Watch a documenté de nouveaux crimes. Les forces de Sheka ont tué au moins 70 civils, dont beaucoup ont été taillés en pièces à coups de machette. Dans certains cas, les combattants de Sheka ont mutilé les corps de personnes tuées et défilé à travers la ville avec des morceaux de cadavres, en scandant des injures à caractère ethnique. Les forces de Sheka ont également continué de violer des femmes et des filles et de recruter de force de nombreux garçons et jeunes hommes pour les intégrer à leurs rangs.

Des responsables du système judiciaire congolais ont tenté d’arrêter Sheka dès juillet 2011, avec l’appui des militaires de maintien de la paix de l’ONU, mais il leur a échappé, prétendument parce qu’il a été averti par des autorités. Quatre mois plus tard, Sheka a ouvertement posé sa candidature à une fonction élective publique dans l’est de la RD Congo et la police n’a fait aucun effort pour l’arrêter alors qu’il tenait des réunions publiques de campagne. Depuis lors, des responsables du gouvernement et de l’ONU ont rencontré Sheka à trois reprises, l’incitant à se rendre mais ne faisant aucun effort pour l’arrêter. Human Rights Watch a découvert que certains officiers de l’armée congolaise, des responsables rwandais et d’autres groupes armés, dont le M23, fournissaient un soutien financier et logistique à la milice de Sheka.

Il existe un risque sérieux que certains des anciens collaborateurs de Sheka veuillent le réduire au silence. Son chef d’état-major est mort en prison dans des circonstances mystérieuses après son arrestation en 2011. Au total, quatre commandants de groupes armés et quatre déserteurs de l’armée font l’objet de mandats d’arrêt pour leur implication présumée dans les viols massifs de Walikale.

Des milliers de civils vivant dans l’est de la RD Congo ont été affectés par les crimes commis par les forces sous le commandement de Sheka et beaucoup continuent de craindre la prochaine attaque. Sa reddition aujourd’hui permet d’espérer que justice sera rendue et que les violences cesseront. Les autorités congolaises, avec le soutien des Nations Unies, devraient garantir la sécurité de Sheka en détention et le traduire rapidement en justice, au cours d’un procès équitable devant un tribunal indépendant, impartial et crédible. Les autorités devraient également redoubler d’efforts pour arrêter l’ancien commandant militaire de Sheka, Guidon Shimiray Mwissa, dont les troupes continuent de faire des ravages parmi les populations civiles dans l’est de la RD Congo.

HRW

A télécharger le lien de l’article : https://www.hrw.org/fr/news/2017/07/26/reddition-dun-chef-de-guerre-congolais-recherche-pour-viols-massifs

Ida Sawyer : « Les USA et l’UE devraient élargir leurs sanctions ciblées aux membres de la famille Kabila »

Bruxelles, le 27 Juillet 2017 – Dans un article publié dans le blog de Human Rights Watch, la Directrice Afrique Centrale de cette organisation, Ida Sawyer a demandé aux Etats-Unis et à l’Union Européenne d’élargir leurs sanctions aux membres de la famille Kabila et à leurs associés qui détournent des fonds et abusent de leurs pouvoirs pour saper le processus démocratique en RD Congo.

« Les institutions comme la Banque mondiale, qui ont pour mandat d’aider à réduire la pauvreté, devraient prendre des mesures supplémentaires pour faire en sorte que les projets qu’elles financent bénéficient effectivement aux personnes qui vivent dans la pauvreté, en menant une supervision rigoureuse et indépendante », a – t – elle préconisé.

Ida Sawyer fonde son analyse sur le récent rapport du Groupe d’Étude sur le Congo (Congo Research Group) qui révèle comment les membres de la famille de Joseph Kabila ont amassé une fortune depuis qu’il est devenu le président de la République démocratique du Congo en 2001, ainsi que sur celui de Global Witness qui documente comment des centaines de millions de dollars versés ces dernières années par des compagnies minières à des organes de l’État « se sont évaporées », ne parvenant jamais dans les caisses du Trésor national.

Et d’indiquer : « Ces constatations peuvent expliquer pourquoi Kabila a refusé d’abandonner le pouvoir lorsque son second mandat autorisé par la constitution a pris fin le 19 décembre 2016. Elles peuvent également aider à comprendre pourquoi l’extrême pauvreté et le sous-développement persistent dans un pays aussi bien pourvu en ressources naturelles ».

En dépit des dénégations de la famille et du gouvernement, Ida Sawyer pense que ces nouveaux rapports apportent d’importantes informations sur le cheminement de la richesse tirée des ressources naturelles de la RD Congo, et met en lumière la nécessité de mettre en place des politiques nationales qui assureraient une plus grande transparence et une meilleure traçabilité.

« Les partenaires internationaux de la RD Congo devraient s’assurer que leurs investissements, leurs prêts, ou leurs autres versements de fonds au gouvernement ne servent pas par mégarde à financer la campagne de répression et de violence du président Kabila », a – t – elle insisté.

SYC

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RDC : Le GADHOP attire l’attention du Gouvernement sur la montée de l’insécurité dans le territoire de Lubero et ville de Butembo

(Monitoring de Juillet 2017) – Le Groupe d’Associations de Défenses des Droits de l’Homme et de la Paix (GADHOP) est préoccupé par la recrudescence de l’insécurité dans laquelle vit désespérément les populations du territoire de Lubero et la ville de Butembo.

En effet, le monitoring fait depuis le début de ce mois de juillet est alarmant et nécessite une intervention soutenue des autorités impliquées dans la prise en charge de cette question.

Tout part de Kipese, cette agglomération située au Sud Est du territoire de Lubero où commençait à se développer un certain dynamisme dans les activités économiques basées sur le secteur agricole qui se voient aujourd’hui freinées à cause de cette insécurité. C’est depuis le 1er juillet que des assaillants Maï Maï « Mazembe » commandés par un chef rebelle nommé Kilalo ont attaqué la cité en capturant le commandant de la Police Nationale Congolaise qui a été tué par la suite et dont le cachot a été ouvert pour évader les détenus y gardés.

Ces troubles ont commencé à déstabiliser Kipese d’autant plus que la population craignait déjà les représailles de la part des FARDC.

Quelques faits :

  • En date du 05 Juillet 2017, des attaques contre les Maï Maï ont commencé du côté des FARDC et toutes les activités ont été paralysées et la population a commencé à se déplacer vers des villages voisins. Cet état de chose a duré 12 jours jusqu’à ce que l’agglomération a été récupérée définitivement par les FARDC, qui ont réussi à repousser les Mazembe jusqu’à leurs base de Bianze située à 30 kms de Kipese sur une colline rocheuse.

            Nos sources renseignent :

  • Qu’actuellement 1/3 de la population est rentrée dans le village avec une attitude de peur et d’incertitude ;
  • Que le dimanche 09 Juillet 2017, 36 portes des boutiques ont été cassées par les FARDC et des biens ont été pillés et emportés ;
  • Plusieurs maisons du côté du camp FARDC dans le quartier Kinyondo ont été cassées et pillées par les militaires ;
  • Que 5 640 personnes déplacées sont en cité de Lubero dans des familles d’accueil sans aucune assistance en vivres et en médicaments. Des cas d’enfants malades et des femmes enceintes sont en danger, car le personnel soignant oblige de l’argent avant de soigner ces déplacés.

  • Au cours de la semaine du 17 au 21 Juillet, l’intensité des attaques s’est observée au Sud Ouest de Lubero, en villages Kasugho-Kagheri-Katoyo entre les deux groupes rivaux Maï Maï NDC-R et Mazembe. Ces derniers s’accusent mutuellement d’être à la base de la déstabilisation du grand Nord Kivu. La situation de la population reste délicate quant aux déplacements intempestifs dus à ces attaques.

  • Du 16 au 19 Juillet 2017, il a été signalé des attaques au Sud de Lubero dans les villages Miriki et Kyambuli (Quartier Général de Maï Maï Mazembe). Ces affrontements entre Mazembe et NDC-R ont produit un bilan de deux morts côté Mazembe et 2 blessés, puis 2 morts du côté NDC-R et 2 civils blessés aussi par balles.

  • Le 16 Juillet 2017, la triste nouvelle d’enlèvement de deux prêtres (Kipasa et Akilimali) à la paroisse de Bunyuka en chefferie Bashu par des hommes non autrement identifiés a davantage terrifié la population.

  • Le 19 Juillet 2017 vers 21 heures, le village Alimbongo, au Sud de Lubero sur la route Lubero –Kirumba a été attaqué par 3 éléments présumés Maï Maï contre une position FARDC dont un militaire a été tué et 3 personnes civiles atteintes par balles.

  • Le 20 Juillet 2017, deux corps sans vie ont été découverts autour de Bingi. Il s’est agit de celui de Paluku Kamuhereko Jean et de Kambale Mbuyiro. Le premier aurait été tué par des ravisseurs d’un otage dont la victime venait verser la rançon de libération. Visiblement les ravisseurs avaient reconnu la personne et auraient décidé de mettre fin à sa vie pour effacer les traces. La deuxième personne était aussi un otage chez les NDC-R. Personne ne sait à ce jour si ce sont ces miliciens qui l’avaient tué ou si la victime avaient été tuée dans sa fuite.

  • En Ville de Butembo, le banditisme à l’arme blanche appelé communément « KASUKU » sévit les quartiers Mukuna, Vubange, Base et Katwa. De l’Evêché à Ngingi, nombreux sont victimes des incursions nocturnes à répétition et la situation semble être loin de trouver solution. Car, la police n’arrive pas à venir à bout de cette situation pour sécuriser la population.

  • En prison de Kakwangura, les détenus sont dans une situation de précarité caractérisée par le manque de nourritures et des soins médicaux. Cette situation fait couver une tension au sein de la population carcérale.

Face à ce tableau alarmant, le GADHOP demande aux autorités locales, provinciales et gouvernementales, d’accorder une attention soutenue à la situation sécuritaire du Grand Nord   pour éviter la propension de cette insécurité qui se caractérise par un activisme intense des groupes armés semant la désolation au sein d’une population meurtrie.

 Par GADHOP