RDC : L’Appel urgent de la Société Civile à Nikki Haley afin de faciliter une transition citoyenne

Kinshasa, le 26 Octobre 2017 – Une centaine d’activistes des Droits humains et des mouvements citoyens congolais lancent un appel urgent à l’Ambassadrice des USA aux Nations Unies, Nikki Haley  afin de faciliter une transition citoyenne en RD Congo. Ci – dessous, l’intégralité :

Madame Nikki Haley,

Nous, représentants de 129 organisations de défense des Droits de l’Homme et mouvements citoyens en République Démocratique du Congo (RDC), saluons votre arrivée à Kinshasa. Nous vous remercions pour votre engagement et intérêt que vous portez pour le règlement de la crise politique et la protection des droits humains en RDC.

Nous avons suivi avec attention votre déclaration déplorant l’élection de la RDC au Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies étant donné que le régime à Kinshasa est responsable de multiples violations des droits humains dont, la répression politique, des violences faites aux femmes et aux enfants, les arrestations et détentions arbitraires, les homicides et disparitions illégales.

En effet, alors que le pays tendait vers un processus démocratique devant permettre aux citoyens congolais notamment d’élire un nouveau président en décembre 2016 conformément à la Constitution, le président Joseph Kabila a usé de tous les moyens politiques y compris l’usage excessif de la force, une année avant la date fatidique, pour faire taire toute voix qui réclamerait le respect de la Constitution. C’est ainsi que depuis janvier 2015, des centaines de congolais sont tués, d’autres arrêtés arbitrairement, détenus au secret ou jugés sur base des d’accusations factices, pour avoir manifesté pacifiquement contre la modification de la loi électorale subordonnant les élections au recensement, appelé la CENI à publier le calendrier ou s’être opposer au troisième mandat du président Kabila.

Le régime Kabila est à la base des foyers de tensions à travers le pays et une crise humanitaire sans pareille. À titre d’illustration, 80 fosses communes sont dénombrées au Kasaï, près de 2000 morts et plusieurs disparues à Béni (Nord-Kivu), 500 000 de déplacées internes dans province de Tanganyika à cause du conflit entre pygmées et bantous, etc. Le pays risque de vivre d’autres conflits similaires dans d’autres parties du pays aux conséquences plus graves pour la population tant que Kabila restera au pouvoir.

L’Accord politique du 31/12/2017 qui prescrit l’organisation d’élections d’ici fin décembre n’est pas mis en application. Les mesures de décrispation préconisant notamment la libération des prisonniers politiques et l’ouverture des médias proches de l’opposition fermés, ne sont pas aussi appliquées par le Président Joseph Kabila et son gouvernement. Ils ont usé de tous les moyens afin de retarder le processus électoral et de poursuivre la répression politique à travers le pays.

Madame Haley, alors que la population congolaise aspire à une alternance pacifique, le président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a récemment déclaré que les élections ne pourront se tenir que dans les 504 jours suivant la fin de l’enrôlement des congolais de la diaspora. Cela démontre qu’ils ne veulent pas organiser des élections avant 2020, car dans la stratégie du Président Joseph Kabila et ses partisans y compris la CENI, il faut allonger au maximum le délai en vue de préparer le terrain à un referendum. Dans cette perspective, ils sont en train de préparer l’adoption d’une loi réduisant le quorum de décision de la Cour Constitutionnelle et une autre pour contrôler les défenseurs des droits de l’homme. Entre temps, des rapports publiés sur l’enrôlement des électeurs en cours démontrent une fraude de grande envergure qui mettrait en doute le fichier électoral en cours de préparation. De l’autre côté, plusieurs voix s’élèvent au sein du parti au pouvoir afin de réclamer un referendum qui pourrait permettre au président Kabila de se maintenir au pouvoir ou de briguer un troisième mandat.

Nous, activistes des droits humains et des mouvements citoyens, pensons que tout ceci, y compris le refus de respecter l’accord de la Saint-Sylvestre, constitue des manœuvres dilatoires pour maintenir le président Kabila au pouvoir.

Afin de remédier à la mauvaise foi du Président Joseph Kabila et ses partisans, qui utilisent la CENI comme moyen pour arriver à leur fin, la société civile congolaise a proposé en aout dernier une transition citoyenne pouvant permettre l’organisation crédible des élections, dirigée par une personnalité indépendante qui ne se présentera pas lui-même comme candidat.

Nous condamnons le fait que le Gouvernement puisse utiliser les forces de défense et sécurité comme une milice pour s’attaquer contre les opposants et les acteurs de la société civile notamment les 18 octobre à Kinshasa, 21 octobre à Mbandaka, et 22, 23, 24 et 25 octobre à Lubumbashi. Au cours de cette période, la police a fait usage excessif de la force contre les activistes de la société civile et membres de l’opposition, et particulièrement à Lubumbashi où elle a même saccagé le bureau de l’UDPS, et a procédé à de nombreuses arrestations de ses membres qui s’y étaient réunis et par la suite a empêché, avec violence, le leader du Rassemblement Felix Tshisekedi de  se réunir avec ses militants.

Nos organisations, demandent aux partenaires internationaux y compris le gouvernement américain, l’Union Européenne et la MONUSCO de retirer leur soutien à ce régime et à l’actuelle équipe dirigeante de la CENI qui n’a pas l’intention d’assurer la tenue d’élections crédibles ; et de ne plus considérer le Président Joseph Kabila et son gouvernement comme « Autorité légitime » pouvant représenter et engager la RDC et son peuple à compter de la fin du mois de décembre 2017.

Madame Haley, nous sommes arrivés à un moment crucial de l’histoire de notre pays : s’il n’y a aucune pression suivie d’actes palpables sur le président Kabila et son entourage politique, le peuple congolais ne pourrait espérer à un chemin vers la paix et la justice. En revanche, la RD Congo va continuer à accumuler les souffrances et les maux de tout genre.

Pour conclure, nous vous remercions profondément de l’attention particulière que vous voudrez bien réserver à nos recommandations et restons disposés à fournir tout autre renseignement nécessaire.

Veuillez agréer, Madame Nikki Haley, l’assurance de notre profonde considération.

Fait à Kinshasa, le 26 octobre 2017

 

Pour de plus amples informations, veuillez contacter :

 

  1. A KINSHASA :

 

  • Georges KAPIAMBA

Association Congolaise pour l’Accès à la Justice (ACAJ)

Tél : +243814043641

Email : kapiambag2@gamil.com

 

  • Léonie KANDOLO

Protection Enfants Sida (PES)

Tél. +24381677757

Email : leokandolo@gmail.com

 

  • Paul NSAPU

Président du Conseil d’Administration de la Ligue des Electeurs (LE)

Tél : +33605865039

Email : pmukulu@yahoo.fr

 

  • Robert ILUNGA

Les Amis de Nelson Mandela pour les Amis de Nelson Mandela pour la Défense des Droits Humains (ANMDH)

Tél : +243818910816

Email : anmdhcongo@gmail.com

 

  • Rostin MANKETA

La Voix des Sans Voix (VSV)

Tél. +243995814266

Email : vsv_ongdh@yahoo.fr

 

  1. A GOMA :

 

  • Jean Claude BUUMA

Cercle National de Réflexion sur la Jeunesse (CNRJ-RDC)

Tel. +243994558187

Email : bumijclaude2@yahoo.fr

 

  • Jean Paul Ngahangondi

Convention pour le Respect des Droits de l’Homme (CRDH)

Tél: +243 81 65 43 533

Email: ngahangondijp@gmail.com

 

  1. A LUBUMBASHI :

 

  • Me Jonas MULUMBA

Justicia Asbl

Tel. +243818050488

Email : justicia.asbl@gmail.com

 

  • Mireille Mbuyi

Action contre l’Impunité pour les Droits Humains (ACIDH)

Tel. +243 823525459

Email :mmkeleku@yahoo.fr

 

  1. A KANANGA :

 

  • Jasmine KATSHUNGA

Réseau des Femmes pour les Droits des Enfants et des Femmes (REFEDEF)

Tél: +243813649410

Email: jasminekatshunga@gmail.com

 

  • Arthur PADINGANYI

Association Congolaise de Droits de l’Homme (ACDHO)

Tél: +243 998 347 201,

Email: acdhom@gmail.com

 

      Pour les organisations signataires :

  1. Action contre l’Impunité pour les Droits Humains (ACIDH)
  2. Action pour la Justice et le Développement (AJD)
  3. Action pour la Protection des Droits Humains et du Développement Communautaire (APDHUD)
  4. Action Rapide de Développement (ARD)
  5. African Ressources Watch (AFRIWACH)
  6. Agir pour la Reconstruction de notre Espace et la Convivialité (AGIREC)
  7. Association  pour le Développement des Initiatives Paysannes(ASSODIP)
  8. Association Africaine de défense des Droits de l’Homme (ASADHO)
  9. Association Congolaise de Droits de l’Homme (ACDHO)
  10. Association Congolaise pour l’Accès à la Justice (ACAJ)
  11.  Association Congolaise pour la promotion des Technologies de l’Information de la Communication (ACOTIC)
  12. Association de défense des Droits de la Femme(ADDF)
  13. Association des Femmes Juristes Congolaises (AFEJUCO)
  14. Association des Jeunes des Bonnes Manières de Dungu (AJBM)
  15. Association des Jeunes pour la Promotion des Droits Culturels (AJPC)
  16. Association des Sœurs de Notre Dame de la Visitation (ASNDV)
  17. BUNKETE
  18. Carrefour d’Opinion pour la Promotion et le Développement Intégral (COPDI)
  19. Carrefour pour la Justice, le Développement et les Droits humains(CJDDH)
  20. Centre d’Observation des Droits de l’Homme et d’Assistance Sociale (CODHAS)
  21. Centre d’Accueil pour le Développement Intégral (CADI)
  22. Centre d’Autopromotion de la Femme et de l’Enfant (CAFEN)
  23. Centre de Promotion Socio- Sanitaire (CEPROSSAN  ASBL/RDC)
  24. Centre de Recherches  et d’Analyses Prospectives  pour les Grands lacs Africains (CRAP- GL)
  25. Centre des  droits des droits de l’Homme et  du droit humanitaire (CDH)
  26. Centre d’Etudes et de Formation Populaire pour les Droits de l’Homme                    (CEFOP/DH)
  27. Centre Indépendant de Recherche et d’Etudes Stratégiques (CIRESKI)
  28. Centre International de Promotion et Développement et des Droits Humains (CEIPEDHO)
  29. Centre International pour la Promotion de Développement et des Droits de   l’Homme (CEIPDHO – ASBL)
  30. Centre pour la Justice et la Réconciliation (CJR)
  31. Centre pour la Paix et les Droits de l’Homme – Peace and HumanRights Center (CPDH – PHRC)
  32. Cercle Internationale pour la Défense des Droits de l’Homme,la Paix et l’Environnement (CIDDHOPE)
  33. Cercle National de Réflexion sur la Jeunesse (CNRJ-RDC)
  34. CIVIL BRIDGE
  35. Coalition des Volontaires pour la Paix et le Développement (CVPD/ ASBL)
  36. Collectif des Femmes Avocates pour la Promotion  Droits de l’Homme (COFAP -DH)
  37. Collectif des Femmes Rurales pour le Développement (COFERD)
  38. CollectifFilimbi
  39. Comité de Lutte Anti Tracasseries (CLAT/Mbandaka, – Bikoro- Bumba- Lisala)
  40. Comité de suivi pour la contribution des communautés et églises à la transformation humaine (COSCET)
  41. Commission Diocésaine Justice et Paix (CDJP/DunguDoruma)
  42. Communauté des Amis de la  Nature et de la Culture (CANACU)
  43. Congo Peace Network (CPN)
  44. Congrès pour le Renouveau Syndical (CORES)
  45. Conseil Information et Formation Juridique (CIF)
  46. Conseil National de l’ONG pour les Droits d’Enfants (CNONGDE)
  47. Conseil Territorial de la Jeunesse (CTJ)
  48. Convention pour le Respect des Droits de l’Homme (CRDH)
  49. Coopérative des Forces Unies de Lolanga (COFULO)
  50. Coordination de la Société Civile de Dungu
  51. Débout Jeunesse Congolaise (DJEC)
  52. Dynamique d’Actions pour le Développement (DAD/ASBL)
  53. Dynamique de la Société Civile (DYSOCIV)
  54. Dynamique des Femmes pour le Changement (DFEC)
  55. Engagement Citoyen pour le Changement (ECCHA)
  56. Espoir pour Tous/Maniema
  57. Fédération des droits de l’homme (FDH)
  58. Femme Citoyenne Engage(FCE)
  59. Femmes Actives pour le Développement (FAD)
  60. Femmes Engagées pour la Promotion de la Santé Intégrale (FEPSI)
  61. Femmes Juristes pour la défense des Droits de la Femme (FJDF)
  62. Génération Déterminée (GD)
  63. Great Lakes Human Right Program (GLHRP)
  64. Groupe Amos
  65. Groupe d’Action Non Violente Evangélique (GANVE)
  66. Groupe d’Associations de Défense des Droits de l’Homme et de Paix (GADHOP)
  67. Groupe Lufalanga pour la Justice et la Paix
  68. Héritiers d’Afrique (HA)
  69. Humanisme et droits humains (HDH)
  70. HumanRescue (HR)
  71. Il est temps
  72. Institute for Democracy, Governance, Peace and Development in Africa (IDGPA)
  73. Justice Transparence (JUSTRANS)
  74. Justicia asbl
  75. La Congolaise d’Encadrement et de Reclassement des Désœuvrés (LACERD)
  76. La DignitéHumaine (DH)
  77. La Sentinelle
  78. La Voix des Sans Voix (VSV)
  79. Les Amis de Nelson MANDELA pour la défense des Droits Humains (ANMDH)
  80. Les Unissons (LU)
  81. Libertas
  82. Ligue Contre la Fraude et la Corruption (LICOF)
  83. Ligue des Electeurs (LE)
  84. Ligue des Volontaires pour la Défense des Droits Humains et de l’Environnement (LISVDHE)
  85. Ligue Internationale des Conseillers (LIC)
  86. Ligue Nationale Paysanne des Droits de l’Homme (LINAPEDHO)
  87. Ligue Zaïroise pour la Défense des Droits de l’Homme (LIZADEL)
  88. Mama ni Mama (MM)
  89. Mama Ya Sika (MYS)
  90. Maniema TuendeMbele (MTM)
  91. Mini Réseau de Plaidoyer de Protection/Butembo(MRPP)
  92. Misère, sors!,
  93. Mouvement pour les droits de l’homme et la réconciliation (MDR)
  94. MouvementcitoyenCocorico
  95. Nouvelle Dynamique de la Jeunesse Féminine (NDJF)
  96. Nouvelle dynamique de la société civile (NDSCI)
  97. Nouvelle Dynamique Syndicale (NDS)
  98. Nouvelles Dynamiques pour le Développement Rural Intégral (NODRI)
  99. Observatoire des prisons
  100. Œil des Victimes des Violations des Droits de l’Homme(OVVDH)
  101. Œuvres Communautaires pour l’Auto Promotion (OCAP)
  102. Organisation des Femmes pour la Formation et le Développement (OFFED)
  103. Parlement des Jeunes
  104. Pax Christ Butembo
  105. PAX DEI
  106. Programme d’Appui aux Femmes Seules et Filles mères en Situation Difficile          (PAF-SID)
  107. Promotion de la Santé des Droits de la Femme et de l’Enfant (PROSADEF)
  108. Protection EnfantsSida (PES)
  109. Regroupement des Femmes pour le Développement (REFED)
  110. Relance pour la Fille de Sion (RFS)
  111. Réseau des Communicateurs Humanitaires (RCH)
  112. Réseau des Femmes pour les Droits des Enfants et des Femmes (REFEDEF)
  113. Réseau des ONG de Défense des Droits de l’Homme (RODDH/ Miabi)
  114. Réseau des Organisations Féminines des Uélé (ROFU)
  115. Réseau des Para Juristes du Maniema (REPAJUMa)
  116. Réseau d’Organisations des Droits de l’Homme, d’Education Civique et de Paix (RODHECIP)
  117. Sansa Bana (SABA)
  118. Save Communities in Conflicts (SCC-RDC)
  119. Société Civile Forces Vives Sous Coordination du territoire de Tshilenge
  120. Société Congolaise de Lutte Contre les Tracasseries- Protection du Citoyen (SOCOTRAC-PC)
  121. Solidarité des Associations Féminines pour les Droits de Femmes et de l’Enfant (SAFDF)
  122. Solidarité Echange pour le Développement Intégral (SEDI)
  123. Solidarité pour le Développement Communautaire (SODEC)
  124. SOS BANA
  125. Synergie de la Société Civile pour les Élections et Bonne Gouvernance (SOCIELEC)
  126. Synergie TuteteeHakiZetu (STHZ)
  127. Union d’Actions pour les Initiatives des Développement (UAID)
  128. Vie Nouvelle (VN)
  129. Voix du savoir (VS)

RDC : Des ONGDH Kasaï Central plaident  pour un ajout de kits  d’enrôlement des électeurs pour prévenir les débordements

(Kananga, le 21 Octobre 2017) – Des ONGDH du Kasaï Central ont plaidé pour un ajout de kits d’enrôlement des électeurs dans le centre d’inscription pour faciliter les opérations, gagné du temps, et prévenir les incidents liés aux débordements. 

En effet, la révision du fichier électoral en R.D.Congo a débuté depuis l’an passé. Le Kasaï Central est la dernière province qui reçoit les opérations à cause de multiples enjeux sécuritaires et politiques. Cependant, son déroulement actuel fait l’objet de pression pour les autorités de la CENI, et d’empressement pour la population qui a longtemps attendu de pouvoir se procurer d’une carte d’électeur.

D’après le Président de l’Association Congolaise pour les Droits de l’Homme, le déroulement de ces opérations est entaché de beaucoup d’irrégularités qui risquent de compromettre l’issue de l’enrôlement et continuer à repousser les élections tant voulues et attendues par toute la Nation, alors qu’il y a moyen de prévenir à ces aléas.

Un mois après le début des opérations, l’enrôlement des électeurs à Kananga donne l’impression d’avoir commencé il y a seulement 24 heures. Les débordements sont visibles dans presque tous les centres, et le nombre de personnes qui veulent obtenir la carte d’électeur est de plus en plus croissant, pendant que de pannes techniques et l’insuffisance de matériel se posent dans certains centres. A cela s’ajoute  l’insatisfaction des agents électoraux qui, depuis le début des opérations, n’ont pas encore touché leurs salaires.

Toute ses irrégularités mérite d’être revue et corrigé par la CENI qui en est responsable. Car, soutiennent ces ONGDH, si réellement la CENI veut organiser les élections dans ce pays le facteur temps pouvait être son premier champs de bataille. Comme le Kasaï Central est la dernière province qui reçoit les opérations d’enrôlement, un mois pouvait suffire pour enrôler tous les électeurs grâce à la multiplicité de kits d’enrôlement  dans chaque centre d’inscription.

Elles recommandent aussi à la CENI de désintéresser les agents électoraux de leurs primes et salaires sans oublier les arriérés qu’ils ont déjà enregistrés.

SYC

Pour Human Rights Watch, la RDC n’a pas sa place au Conseil des droits de l’homme de l’ONU 

(New York, le 13 octobre 2017) – Les États membres de l’ONU ne devraient pas voter en faveur de la République démocratique du Congo lors des prochaines élections du Conseil des droits de l’homme, en raison des violations généralisées des droits humains commises par le gouvernement et de son manque de coopération avec les mécanismes des Nations Unies dans le domaine des droits humains, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Les élections annuelles pour pourvoir les 47 sièges du Conseil des droits de l’homme se tiendront à l’Assemblée générale des Nations Unies, à New York, le 16 octobre 2017.

« Accepter la candidature de la RD Congo porterait atteinte aux principes fondateurs et à la crédibilité du principal organe des droits humains de l’ONU et à sa capacité à promouvoir le respect de ces mêmes droits », a déclaré Louis Charbonneau, directeur de plaidoyer auprès de l’ONU à Human Rights Watch. « Ce serait aussi un affront cinglant aux innombrables victimes des exactions du gouvernement et au travail des courageux activistes congolais. »

La RD Congo, l’Angola, le Sénégal et le Nigéria figurent sur la « liste fermée » (« closed slate ») en vue de pourvoir les quatre postes réservés au groupe africain au sein du Conseil, ce qui garantit pratiquement un siège à chacun. Cependant, dans la mesure où la majorité des suffrages exprimés est nécessaire pour être élu, la RD Congo pourrait se voir refuser un siège si la moitié des États membres participant au vote s’abstiennent de voter en sa faveur.

De nombreux activistes des droits humains en RD Congo se sont prononcés contre la candidature de leur pays. Le 12 octobre, 157 organisations congolaises ont appelé les États membres de l’ONU à s’opposer à la candidature de la RD Congo, affirmant que voter pour la RD Congo « enverrait un mauvais signal pour un pays qui est loin d’être exemplaire » en matière de droits humains. Le 9 octobre, le mouvement citoyen LUCHA (Lutte pour le changement) a organisé un sit-in dans la ville de Lubumbashi, située dans le sud-est du pays, pour s’opposer à la candidature de la RD Congo.

En vertu de la résolution 60/251 de l’Assemblée générale des Nations Unies, qui a porté création du Conseil des droits de l’homme, les États membres de l’ONU « prendront en considération le concours que chaque candidat a apporté à la cause de la promotion et de la défense des droits de l’homme » et les membres élus au Conseil « observeront les normes les plus strictes en matière de promotion et de défense des droits de l’homme » et « coopéreront pleinement avec le Conseil ». Au vu des ces normes, le gouvernement congolais n’a pas sa place au Conseil des droits de l’homme, a déclaré Human Rights Watch.

La situation des droits humains en RD Congo s’est rapidement détériorée ces dernières années. Lors de sa dernière session en septembre, le Conseil des droits de l’homme a adopté une résolution par laquelle il a décidé de rester saisi de la situation des droits humains en RD Congo pour une année de plus. Le Conseil s’est également dit profondément préoccupé « par la persistance des violations des droits civils et politiques […] commis par des acteurs étatiques dans le contexte des importants événements électoraux ».

Dans la région du Kasaï, dans le sud du pays, les forces de sécurité gouvernementales sont responsables d’une grande partie des exactions commises depuis août 2016, qui ont fait jusqu’à 5000 mortsSix cents écoles ont été attaquées ou détruites1,4 million de personnes ont été déplacées de leurs foyers, et près de 90 fosses communes ont été découvertes dans la région. En mars 2017, deux enquêteurs de l’ONU – l’Américain Michael Sharp et la Suédo-chilienne Zaida Catalán – ont été tués alors qu’ils enquêtaient sur les violences dans la région. Les investigations de Human Rights Watch et un rapport de Radio France Internationale (RFI) suggèrent une responsabilité du gouvernement dans le double meurtre.

 Lorsque les deux experts ont été portés disparus en mars 2017, aux côtés de leur interprète congolais et de leurs trois chauffeurs de moto, des agents gouvernementaux et les forces de sécurité congolaises ont induit en erreur, entravé les déplacements ou détourné l’attention des Casques bleus de l’ONU et retardé leurs recherches jusqu’à la découverte des deux corps le 27 mars, ont confié des responsables onusiens et des officiers des forces de sécurité congolaises interrogés par Human Rights Watch. L’enquête congolaise et le procès en cours des responsables présumés des meurtres sont entachés de graves irrégularités et pourraient constituer une tentative de dissimulation pour protéger les véritables responsables de ce crime, a déclaré Human Rights Watch.

Le 23 juin, le Conseil des droits de l’homme a adopté par consensus une résolution enjoignant le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme de dépêcher une équipe d’experts internationaux pour enquêter sur les allégations de violations des droits humains dans la région du Kasaï.

 Le président Joseph Kabila a usé de la répression, de la violence et de la corruption pour retarder la tenue des élections et se maintenir au pouvoir, malgré que son deuxième et dernier mandat autorisé par la Constitution se soit achevé le 19 décembre 2016. Un accord de partage du pouvoir obtenu le 31 décembre grâce à la médiation de l’Église catholique prévoyait des élections d’ici à la fin 2017. Mais la commission électorale nationale a déclaré que les scrutins ne pourraient avoir lieu avant au moins avril 2019. Des leaders de la société civile congolaise et d’autres personnes ont appelé Kabila à quitter ses fonctions d’ici à la fin de cette année, et ont proposé une brève transition post-Kabila pour organiser des élections crédibles, dirigée par des leaders qui ne seraient pas candidats aux futures élections.

 Le gouvernement a interdit de manière systématique les rassemblements de l’opposition politique et les manifestations, autorisant souvent l’usage de balles réelles sur les manifestants pacifiques. Les forces de sécurité congolaises ont abattu plus de 170 manifestants pacifiques en 2015 et 2016, selon les conclusions de Human Rights Watch. Lors de manifestations organisées en décembre dernier, les autorités ont refusé de coopérer avec le Bureau conjoint des Nations unies pour les droits de l’homme au Congo (BCNUDH), lui refusant l’accès « à plusieurs installations et camps militaires ainsi qu’à des hôpitaux et morgues », d’après les Nations Unies. Ces derniers mois, des dizaines de partisans de l’opposition et de défenseurs des droits humains ont été emprisonnés, et bon nombre ont été détenus au secret sans chef d’inculpation ni visite de leur famille ou de leurs avocats. D’autres font face à de fausses accusations.

Le gouvernement a également rejeté toute coopération internationale après la découverte d’une fosse commune à Maluku, à la périphérie de la capitale, Kinshasa. En 2015, les forces de sécurité congolaises ont secrètement creusé cette fosse commune, y jetant plusieurs centaines de corps. De nombreux membres des familles des victimes d’exécutions sommaires ou de disparitions forcées dont se sont rendues responsables les forces de sécurité congolaises lors des manifestations de janvier 2015 et de l’ « Opération Likofi » – une opération policière antérieure qui visait la criminalité des gangs – ont pensé que leurs proches figuraient parmi les personnes inhumées à Maluku. Lors des deux opérations, les forces de sécurité ont emporté les corps de certaines des personnes tuées sans jamais les rendre à leurs familles pour être enterrés. Le gouvernement congolais n’a pas répondu aux appels répétés de l’ONU et d’autres pour ouvrir une enquête indépendante.

 En octobre 2014, le gouvernement a expulsé le directeur du BCNUDH, Scott Campbell, à la suite de la publication d’un rapport sur les exécutions sommaires et les disparitions forcées pendant l’Opération Likofi. Depuis lors, plusieurs chercheurs et journalistes internationaux ont été contraints de quitter le pays ou interdits de s’y rendre, y compris une chercheuse senior de Human Rights Watch sur la RD Congo, révélant l’opposition croissante du gouvernement congolais aux reportages indépendants sur la situation des droits humains.

 Le Conseil des droits de l’homme a été créé en 2006 pour remplacer la Commission des droits de l’homme des Nations Unies, qui avait échoué à répondre aux véritables préoccupations en matière de droits humains, et à laquelle les pires contrevenants aux droits humains dans le monde pouvaient être facilement élus. Au cours des 11 dernières années, le Conseil a réalisé d’importantes contributions pour les droits humains, en examinant les situations des droits humains de tous les pays dans le cadre de l’Examen périodique universel; en créant des commissions d’enquête sur la Corée du Nord, la Syrie ou le Burundi parmi d’autres pays; et en nommant de nombreux rapporteurs spéciaux et experts indépendants pour garantir des enquêtes crédibles et impartiales sur les allégations de violations, même en l’absence de coopération du gouvernement concerné.

 « Même s’il figure sur une liste arrêtée à l’avance, un pays doit toujours recevoir une majorité des votes exprimés pour être élu », a conclu Louis Charbonneau. « Les États membres de l’ONU qui s’abstiennent de voter pour la RD Congo manifesteront leur soutien aux normes élevées exigées pour siéger au Conseil en rejetant un État responsable de violations des droits humains en série de cet organe important. »

 Pour consulter d’autres communiqués ou rapports de Human Rights Watch sur la République Démocratique du Congo, veuillez suivre le lien :

https://www.hrw.org/fr/afrique/republique-democratique-du-congo