RDC : la Synergie Tutetee Haki Zetu invite le pouvoir malgache à libérer sans condition les manifestants arrêtés 21 avril 2018

Goma, le 23 Avril 2018 – La synergie Tutetee Haki Zetu a invité le pouvoir malgache à indemniser les familles des victimes de la manifestation du 21 avril 2018 et à libérer les personnes innocentes arrêtes. Ci – dessous, le communiqué :

A l’Intention du Gouvernement de Madagascar
Face à la situation qui a prévalu à Antananarivo, capitale du Madagascar, donnant lieu – lieu aux pertes des vies humaines des trois manifestants ; selon l’actualité de la Radio France Internationale ; la Synergie Tutetee Haki Zetu ; une des composantes de la société civile de la Province du Nord – Kivu en RDC ; appelle le gouvernement Malgache à pouvoir indemniser les familles des victimes des manifestants ; à libérer sans condition les personnes arrêtes lors de la manifestation publique de ce samedi 21/4/2018 et à sanctionner, sans complaisance ; tout agents de l’ordre qui aurait fait recours à la force afin de dispersé les manifestants.

Rappelons que la Déclaration Universelle des Droits de l’homme ; un instrument juridique à caractère international ; auquel les Etats membres doivent scrupuleusement respecter et mettre en oeuvre ; dispose à son article3 « Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne » ainsi que l’article 20 point 1. « Toute personne a droit à la liberté de réunion et d’association pacifiques ».

Fort est de constater qu’au lieu que les forces de sécurité Malgache mettre en pratique ces dispositions précités ; en encadrant les manifestants pour éviter les morts d’hommes et autres dégâts collatéraux ; ce seraient livrer à disperser les personnes innocentes ; qui ne revendiqueraient leur Droit légitime et fondamental.
Ainsi, tout en uni avec les familles éprouvées ainsi les personnes arrêtées ; la Synergie TUTETEE HAKI ZETU formule les recommandations ci – après :

1. A la juridiction militaire malgache (Antananarivo)
– D’effectuer une enquête impartiale, associé aux acteurs de la société civile afin de traduire en justice ; tous les fauteurs des troubles.

2. Au Président Malgache
– Pour établir un climat de paix et de confiance entre la population et ses représentants (les députés) ainsi les membres du gouvernement ; de ne pas promulgué cette loi électoral, présumé tailler sur mesure.

3. Au Gouvernement Malgache
– D’ordonner la libération des personnes arrêts arbitrairement lors de cette manifestation publique ;
– D’assurer les soins médicaux aux personnes blessées pendant cette manifestation publique ;

4. A la population malgache
– De ne pas céder à toute instrumentalisation et manipulation politiciennes d’où qu’elles proviennent ; mais plutôt de rester vigilante et de revendiquer pacifiquement ses droits et libertés lui reconnue non seulement par la « Constitution Malgache » mais aussi par d’autres textes et instruments juridiques régionaux et internationaux relatifs aux droits de l’homme tels que la « Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples – CADHP », le « Pacte International relatifs aux Droits Civils et Politiques – PIDCP » et la « Déclaration Universelle des Droits de l’Homme – DUDH ».

Les Organisations membres de la Synergie Tutee Haki Zetu et Signataires
1. Actions des Chrétiens pour la Promotion de la Paix et du Développement (ACPD)
2. Action des Jeunes Volontaires pour le Développement Volontaire (AJVDC)
3. Action pour la Paix et la Défense des Droits de l’Homme (APDDH)
4. Action pour la Promotion et la Participation Citoyenne (APPC)
5. Action pour la Protection des Droits de l’Enfant Congolais (APDEC)
6. Action pour la Protection et le Développement de l’Enfant (APDE)
7. Action pour la Protection et l’Epanouissement de la Femme et de l’Enfant (APEFE)
8. Action pour la Protection de la Paix et la Sauvegarde de l’Environnement (APSE)
9. Action Régionale pour la Paix (ARP)
10. Action des Volontaires pour le Développement (AVD)
11. Blessed Aid (BA)
12. Centre International pour la Formation aux Droits de l’Homme (CIFDH)
13. Centre d’Observation des Droits de l’Homme et d’Assistance Sociale
(CODHAS)
14. Centre pour la Paix et les Droits de l’Homme – Peace and Human Rights Center (CPDH – PHRC)
15. Cercle international pour la défense des droits d’homme, la paix et l’environnement (CIDDHOPE)
16. Commission pour le Développement de l’Humanité – Grands Lacs (CDH – GL) 17. Coopérative Minière pour le Développement Durable (COOMIDU)
18. Détectives – Experts pour les Droits au Quotidien (DEDQ)
19. Ecologie et Développement au Congo (ECODEC)
20. Fondation Point de vue des Jeunes Africains pour le Développement (FPJAD)
21. GEWEVUCA
22. Global Synergie pour la Paix et le Développement (GYSPAD)
23. Groupe d’Etudes pour le Développement Communautaire (GEDC)
24. Groupe Martin Luther King (GMLK)
25. Initiative des Chrétienne pour le Développement Communautaire (ICDC) 26. Jeunesse Espoir pour tous dans la Région de Grands Lacs (JET – RGL)
27. LE BANDASHE
28. Ligue des Jeunes pour la Protection de l’Environnement et Lutte contre la Faim (LJPEF) 29. Ligue des Sacrifices Volontaires pour la Défense des Droits Humains et de l’Environnement (LISVDHE)
30. Maison d’Encadrement d’Enfants Abandonnés et Veuves (MEEABOV)
31. Non-Violence Education Programme (NEP)
32. Observatoire de la Société Civile pour le Minerais de Paix (OSCMP)
33. Réseau d’Organisations des Droits Humains, d’Education Civique et de Paix (RODHECIP)
34. Comité pour la Prévention et la Lutte contre les Violences basées sur les Genres (COPLVG)
35. Réveil des Femmes pour le Développement Intégral (RFEDI) 36. Save Commitee in Conflits (SCC)
37. Union des Comités pour le Développement (UCODE)
38. Union pour la Protection, la Défense des Droits Humains et de l’Environnement (UPDDHE) 39. Vision Humanitaire pour le Développement (VHD-RDC)
40. Volontaires en Actions pour le Développement (VAD)
41. Parlement d’enfants Zone – EST

Ida Sawyer : “le gouvernement congolais est en guerre contre son peuple”

Le gouvernement de la République démocratique du Congo fait passer ses intérêts à court terme au-dessus du bien-être du peuple congolais. Il refuse de participer à la conférence internationale à Genève aujourd’hui, et encourage d’autres gouvernements à faire de même. Cette conférence est une initiative menée par les Nations Unies aux fins de collecter 1,7 milliard de dollars pour porter assistance en urgence aux plus de 13 millions de personnes en RD Congo touchées par les violences récentes.

Les responsables gouvernementaux rejettent l’idée même d’une crise humanitaire. Ceci semble lié à une tentative inquiétante d’attirer des investissements étrangers et d’enrichir encore davantage ceux qui sont au pouvoir, en évitant toute surveillance de la part de l’extérieur.

Les forces de sécurité congolaises et des groupes armés ont tué des milliers de civils au cours des deux dernières années. Avec plus de six millions de congolais morts de causes liées au conflit au cours des deux dernières décennies, le conflit en RD Congo est le plus meurtrier dans le monde depuis la Seconde guerre mondiale. Aujourd’hui, environ 4,5 millions de congolais sont déplacés de leur foyer – plus que dans tout autre pays d’Afrique. Des dizaines de milliers d’autres sont partis en Ouganda, en Angola, en Tanzanie et en Zambie au cours des derniers mois – faisant surgir le spectre d’une instabilité régionale accrue.

La RD Congo est le plus gros producteur de cuivre d’Afrique et la plus importante source mondiale de cobalt – dont la valeur a triplé au cours des 18 derniers mois du fait de la demande de voitures électriques. Des centaines de millions de dollars provenant de revenus miniers ont disparu au cours des dernières années, tandis que Joseph Kabila, sa famille et ses proches collaborateurs ont amassé des fortunes. Alors que l’énorme richesse minière de la RD Congo pourrait permettre de répondre aux urgences et autres besoins fondamentaux d’une population appauvrie, les revenus provenant de tous nouveaux investissements ont de plus grandes chances de finir dans les poches des gens au pouvoir.

Une grande partie des violences récentes est liée à l’aggravation de la crise politique dans le pays. Le Président Joseph Kabila a retardé les élections et fait usage de la violence, de la répression et de la corruption pour renforcer sa mainmise sur le pouvoir au-delà de la limite constitutionnelle de ses deux mandats au 19 décembre 2016.

Kabila est à la tête d’un système d’impunité bien enraciné dans lequel ceux qui sont les plus responsables de violations sont régulièrement récompensés par des postes, des richesses et des pouvoirs. Les forces de sécurité congolaises ont engagé ou orchestré une grande partie des violences, dans certains cas en formant ou en soutenant des groupes armés locaux. Des sources de sécurité et de renseignement bien placées nous ont indiqué que les efforts pour semer la violence et l’instabilité sont une « stratégie du chaos » apparemment délibérée ayant pour but de justifier des retards supplémentaires pour les élections.

Les forces de sécurité congolaises ont abattu presque 300 personnes au cours des manifestations politiques de ces trois dernières années. Depuis le mois de décembre, les forces de sécurité ont battu un triste record en tirant dans l’enceinte d’églises pour interrompre les services religieux et empêcher des manifestations pacifiques après la messe dominicale.

Pendant ce temps, au cours des trois derniers mois, les attaques sur des civils se sont intensifiées dans la province de l’Ituri dans l’est de la RD Congo. Nous avons recueilli des récits terrifiants de massacres, de viols et de décapitations. Plus de 200 000 personnes ont dû quitter leur maison.

Alors que les responsables gouvernementaux ont insisté pour dire que les violences récentes sont les conséquences de tensions inter-ethniques, les citoyens, stupéfaits, rejettent cette interprétation. Un grand nombre d’entre eux ont parlé d’une « main noire »  – apparemment des tueurs professionnels qui seraient venus dans leurs villages et auraient tué les gens à coups de couteau au cours d’attaques apparemment bien organisées. Certains ont avancé l’idée que des responsables gouvernementaux pourraient être impliqués.

Mais le Vice-ministre de la coopération internationale de la RD Congo a affirmé la semaine passée qu’il « n’y a pas de crise humanitaire ». Le ministre congolais des Affaires étrangères congolais a déclaré que la description de la situation humanitaire en RD Congo par les Nations Unies « estcontreproductive pour l’image de marque et l’attractivité de notre pays, et agit comme repoussoir pour les investisseurs potentiels ».

Les responsables gouvernementaux de la RD Congo ont envoyé des lettres de menace aux Pays-Baset à la Suède, pays qui soutiennent la conférence, expliquant que, si ces derniers poursuivaient leurs préparatifs, le gouvernement de la RD Congo « se verrait dans l’obligation d’en tirer les conséquences qui s’imposent », et ils sont parvenus à convaincre les Émirats Arabes Unis de se retirer.

Les bailleurs de fonds ne devraient pas être intimidés. Ils devraient au contraire faire en sorte que des fonds adéquats soient recueillis pour répondre aux besoins vitaux de protection et d’assistance humanitaire du peuple congolais. Et, tout aussi important, ils devraient s’attaquer aux causes sous-jacentes de la violence, afin d’empêcher que la crise ne s’aggrave et n’échappe davantage à tout contrôle.

Ceci implique le fait de travailler de façon étroite avec les responsables régionaux pour faire en sorte que Kabila se retire, conformément à la constitution, et permette l’organisation d’élections justes, libres et crédibles. Les Congolais ont besoin d’une opportunité pour élire un nouveau président, responsable de ses actions envers son peuple et œuvrant pour mettre fin à la violence, à l’impunité et aux souffrances en RD Congo. Le peuple congolais le mérite.

Article publié sur le blog HRW : https://www.hrw.org/fr/news/2018/04/13/le-gouvernement-congolais-est-en-guerre-contre-son-peuple

RDC : la crise politique et ses répercussions en matière humanitaire, de droits humains et de sécurité

Présentation à l’occasion de la table ronde intitulée : « Crise politique, électorale et des droits humains en République démocratique du Congo : tirer des enseignements de l’expérience de l’Afrique du Sud et de la région de la SADC », organisée conjointement par l’Institut électoral pour une démocratie durable en Afrique (EISA) et Human Rights Watch.

La République démocratique du Congo est en proie à une crise de plus en plus grave en matière d’humanitaire, de droits humains et de sécurité. Les répercussions de cette crise sont catastrophiques pour la population congolaise, quelque 4,5 millions d’individus ayant été déplacés de leur domicile – soit plus que dans tout autre pays d’Afrique – et deux millions d’enfants risquant de mourir de faim. Des dizaines de milliers de réfugiés ont fui vers l’Ouganda, l’Angola, la Tanzanie et la Zambie au cours des derniers mois, d’où un risque d’instabilité régionale accrue si la crise n’est pas endiguée.

Le gouvernement sud-africain et la région de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) – désormais présidée par l’Afrique du Sud – peuvent jouer un rôle crucial en contribuant à apporter une paix durable, une stabilité et un respect accru des droits humains dans ce vaste pays d’Afrique centrale.

Les possibilités qu’une RD Congo stable pourrait offrir au peuple congolais et à la région au sens large sont faramineuses. En effet, ce pays regorge de ressources naturelles – or, diamants, coltan, étain, uranium et pétrole, pour ne citer que ceux-ci. La RD Congo est le plus important producteur de cuivre d’Afrique et la première source mondiale de cobalt – un métal dont la valeur a triplé ces 18 derniers mois en raison de la forte hausse de la demande de voitures électriques. La RD Congo abrite une biodiversité immense ainsi que la deuxième plus grande forêt tropicale au monde, qui constitue un puits de carbone significatif stockant les gaz à effet de serre. Les cours d’eau de la RD Congo ont un potentiel hydroélectrique susceptible un jour d’alimenter la moitié de l’Afrique subsaharienne en électricité. Également dotée de 80 millions d’hectares de terres cultivables et de conditions climatiques d’une grande diversité, la RD Congo affiche un potentiel agricole qui pourrait permettre de nourrir une grande partie du continent africain. Par ailleurs, les volcans, les gorilles et les paysages exceptionnels de ce pays présentent des opportunités énormes pour le secteur du tourisme.

Pourtant, malgré ces richesses, la RD Congo est l’un des pays les plus pauvres de la planète. Dix enfants sur cent y meurent avant d’avoir atteint l’âge de cinq ans, et plus de 40 pour cent ont un retard de croissance en raison d’une malnutrition. La gouvernance déficiente et les exactions de grande ampleur perpétrées par des groupes armés et des membres des forces de sécurité congolaises – renforcées par une impunité généralisée et des luttes pour le contrôle des ressources considérables du pays – ont freiné le développement du pays et fait d’innombrables victimes. Aujourd’hui, plus de 13 millions de Congolais affectés par les violences récentes ont besoin d’une aide d’urgence, y compris de nourriture, d’équipements sanitaires, d’un abri et d’éducation, d’après les Nations Unies.

Ces violences sont, pour la plupart, liées à la crise politique plus large qui touche le pays, alors que le président Joseph Kabila s’est maintenu au pouvoir au-delà des deux mandats consécutifs permis par la constitution en retardant les élections et en étouffant la dissidence. Depuis 2015, les forces de sécurité ont tué plus de 300 personnes lors de manifestations essentiellement pacifiques. Des centaines de partisans de l’opposition et d’activistes pro-démocratie ont été jetés en prison. La coalition de Kabila au pouvoir a interdit systématiquement les rassemblements et les manifestations de l’opposition, tout en emprisonnant des centaines de dirigeants et de partisans de l’opposition, ainsi que des activistes pro-démocratie ou défenseurs des droits humains. Beaucoup d’entre eux ont été détenus au secret, sans que des chefs d’accusation n’aient été formulés à leur encontre et sans accès à leurs familles ou à des avocats. D’autres ont été poursuivis en justice sur base de chefs d’accusation fabriqués de toutes pièces. En juillet dernier, des hommes armés non identifiés ont tiré sur un juge qui avait refusé de rendre un jugement contre un dirigeant de l’opposition. Il a échappé de peu à la mort. Le gouvernement a aussi fermé des médias congolais, expulsé des journalistes et des chercheurs internationaux critiques, et a périodiquement restreint l’accès à Internet et au service de messagerie par SMS.

Lors des dernières manifestations – les 31 décembre, 21 janvier et 25 février –, les forces de sécurité congolaises ont battu un triste record en tirant dans l’enceinte d’églises catholiques pour interrompre les services religieux et empêcher des processions pacifiques après la messe du dimanche, tuant au moins 18 personnes et blessant et en arrêtant des dizaines d’autres. Face aux policiers et aux militaires lourdement armés, certains manifestants, vêtus de blanc ou tenant des objets à connotation religieuse – comme des croix, des bibles, des chapelets et des rameaux – ont chanté des hymnes ou se sont agenouillés au sol.

Dans les jours précédant les manifestations du 25 février, des représentants du parti au pouvoir et des hauts fonctionnaires des forces de sécurité ont donné de l’argent à au moins plusieurs centaines de jeunes recrues – dont un grand nombre faisaient partie de la ligue de jeunes du parti au pouvoir – en leur ordonnant de s’infiltrer dans les églises, d’arrêter les prêtres s’ils tentaient de faire une procession après la messe, de battre ceux qui opposeraient une résistance et de provoquer des violences et des troubles pour empêcher que les processions n’aient lieu et « justifier » la réaction brutale des forces de sécurité.

Ces dernières manifestations étaient organisées par le Comité laïc de coordination (CLC), un groupe d’intellectuels catholiques soutenu par des prêtres catholiques et des évêques de la RD Congo. Tous les principaux dirigeants de l’opposition politique, et un grand nombre d’organisations de la société civile et de mouvements citoyens soutenaient les manifestations. Ils appelaient tous les Congolais à protester contre l’échec de la mise en œuvre de l’accord dit de la Saint-Sylvestre, un accord de partage du pouvoir négocié sous l’égide de l’Église catholique et signé le 31 décembre 2016. L’accord donnait à Kabila un prétexte pour rester au pouvoir une année supplémentaire – après l’expiration de ses deux mandats constitutionnels le 19 décembre 2016 – mais contenait également un engagement à mettre en œuvre des mesures de décrispation et à organiser des élections d’ici la fin de 2017. Cependant, ces engagements ont été largement bafoués : le nouveau gouvernement, le Conseil national de suivi de l’accord (CNSA) et la Commission électorale nationale indépendante (CENI) ont exclu les membres de la principale coalition de l’opposition et sont sous le contrôle total de la coalition de la majorité présidentielle de Kabila, tandis que la répression et les retards électoraux continuent.

La CENI a enfin publié un nouveau calendrier électoral en novembre, qui fixait les élections au 23 décembre 2018, avec la mise en garde que de nombreuses « contraintes » pourraient repousser encore cette date. Pourtant, Kabila n’a pas démontré qu’il s’apprêtait à se retirer ni à créer un climat propice à des élections libres, équitables et crédibles. Lors d’une rare conférence de presse en janvier, Kabila a refusé de dire explicitement qu’il quitterait ses fonctions d’ici la fin de 2018 ou qu’il ne tenterait pas de se représenter. Certains membres de la majorité présidentielle de Kabila évoquent encore un éventuel référendum ou d’autres modifications du processus électoral qui permettraient à Kabila de se maintenir au pouvoir.

De nombreuses organisations de la société civile congolaise ont dénoncé le calendrier de la CENI comme une simple tactique dilatoire, et ont appelé à la démission immédiate de Kabila et à l’organisation d’une transition citoyenne sans Kabila, qui rétablirait l’ordre constitutionnel et organiserait des élections crédibles. Selon un récent sondage du Congo Research Group, basé à l’université de New York, et de l’institut de sondage congolais BERCI, 74 pour cent des Congolais sont favorables à ce que l’on demande à Kabila de se retirer avant la tenue des élections.

Le refus de Kabila de respecter la constitution et de renoncer à la présidence s’expliquent en partie par la fortune considérable que lui et sa famille ont amassée pendant son temps au pouvoir et par les centaines de millions de dollars de revenus miniers qui ont disparu. Un tel niveau de corruption a contribué à priver le gouvernement des fonds nécessaires pour répondre aux besoins élémentaires d’une population démunie.

Pire encore, des sources bien placées au sein des services de sécurité et de renseignement ont décrit à Human Rights Watch des mesures adoptées par les autorités pour tenter de semer la violence et l’instabilité dans une grande partie du pays, dans le cadre d’une « stratégie du chaos » apparemment délibérée visant à justifier de nouveaux retards électoraux.

Depuis août 2016, une éruption de violence impliquant les forces de sécurité congolaises, des milices soutenues par le gouvernement et des groupes armés locaux a fait jusqu’à 5 000 morts dans la région centrale du Kasaï. En mars dernier, deux enquêteurs de l’ONU – Michael Sharp, un Américain, et Zaida Catalán, de double nationalité suédoise et chilienne – ont été tués alors qu’ils enquêtaient sur les graves violations des droits humains dans la région. Alors que les autorités congolaises continuent d’incriminer les membres d’une milice locale et qu’elles se sont ingérées à plusieurs reprises dans l’enquête judiciaire congolaise sur les meurtres, les enquêtes de Human Rights Watch ainsi que des rapports publiés par Radio France Internationale et par Reuters s’orientent vers une responsabilité du gouvernement.

Depuis la mi-décembre, une vague de violence atroce s’est emparée du territoire de Djugu, zone située dans la province de l’Ituri, dans le nord-est de la RD Congo, qui était en grande partie pacifique ces dernières années. La vitesse incroyable à laquelle les assaillants ont tué plus de 250 civils et incendié des dizaines de villages a pris de court de nombreuses personnes. Plus de 200 000 personnes ont été forcées de fuir leur domicile, dont des dizaines de milliers de réfugiés qui ont fui vers l’Ouganda, pays voisin.

Human Rights Watch a reçu des récits terrifiants de massacres, de viols et de décapitations. En février, après une attaque dans le village de Seseti, un survivant a expliqué avoir trouvé 15 cadavres, dont ceux de trois enfants, le lendemain matin. « Ils avaient coupé la tête et les bras de certains… et leur avaient même ouvert le ventre », a-t-il déclaré. « Nous étions trop effrayés pour rester là et les enterrer correctement, nous avons seulement creusé un petit trou… et nous sommes partis rapidement. »

Si des fonctionnaires du gouvernement ont tenu à souligner que la violence récente en Ituri était le résultat de tensions interethniques entre les communautés ethniques Lendu et Hema, des chefs locaux et des survivants avec lesquels nous nous sommes entretenus se sont dit déconcertés. Certes, des tensions de faible intensité existaient – comme dans de nombreuses régions de la RD Congo –, mais les communautés n’en étaient pas au point de partir en guerre les unes contre les autres. De nombreux survivants ont évoqué une « main noire » pour décrire ceux qui pourraient être à l’origine de ces attaques : des tueurs vraisemblablement professionnels sont arrivés dans leurs villages et ont tué des habitants à la machette avec une efficacité et une brutalité notoires lors d’attaques vraisemblablement préméditées et bien préparées. D’après certains, des agents du gouvernement auraient été impliqués.

Des violences de grande ampleur se sont poursuivies dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et du Tanganyika, dans l’est du pays. Aujourd’hui, plus de 120 groupes armés sont actifs dans l’est de la RD Congo. Nombre de ces groupes reçoivent le soutien du gouvernement et des forces de sécurité congolais, tandis que d’autres ont formé des coalitions contre le gouvernement Kabila. Pourtant, la menace la plus grave pour les civils congolais provient des forces de sécurité censées les protéger. Selon le Bureau de l’ONU aux droits de l’homme en RD Congo, 1 180 personnes ont été victimes d’exécutions extrajudiciaires par des « agents de l’État » congolais en 2017, soit beaucoup plus que celles qui ont été tuées par les groupes armés, et leur nombre a triplé en deux ans.

Alors que les forces de sécurité fomentent elles-mêmes une grande partie de la violence en RD Congo, cela a également servi de prétexte aux retards électoraux. En juillet dernier, le président de la CENI, Corneille Nangaa, a affirmé que la violence dans les Kasaïs était l’une des principales raisons pour lesquelles les élections n’auraient pas lieu en 2017. En février, il a déclaré que la reprise des violences en Ituri pourrait « impacter négativement » le calendrier électoral.

Si la logistique de l’organisation des élections en RD Congo constitue indéniablement un défi, le pays y est parvenu par le passé – aussi bien en 2006 qu’en 2011, lorsque Kabila a été élu pour ses premier et deuxième mandats, malgré des menaces de sécurité persistantes.

La principale question qui se pose désormais est la suivante : que faire aujourd’hui pour convaincre Kabila de cesser de trouver des prétextes, d’accepter de respecter la constitution et de se retirer, et permettre l’organisation d’élections crédibles – avant que d’autres Congolais ne soient tués, blessés ou emprisonnés alors qu’ils cherchent à exercer leurs droits humains fondamentaux pour manifester, s’exprimer et s’associer librement de façon pacifique, et avant qu’une nouvelle flambée de violence de grande ampleur ne pousse de nouveaux réfugiés à franchir les frontières congolaises ?

Kabila est de plus en plus isolé à l’échelon international. Les États-Unis, l’Union européenne et le Conseil de sécurité de l’ONU ont tous imposé des sanctions ciblées – dont une interdiction de voyager à l’étranger et un gel des avoirs financiers – à l’encontre de hauts fonctionnaires du gouvernement et des forces de sécurité congolais responsables d’atteintes graves aux droits humains, d’actes de répression et de retards électoraux. En décembre, les États-Unis ont pris des sanctions à l’encontre du milliardaire israélien Dan Gertler, un proche ami et associé financier de Kabila qui « a amassé sa fortune grâce à des accords miniers et pétroliers opaques et teintés de corruption représentant des centaines de millions de dollars » en RD Congo, ainsi qu’à l’encontre d’un certain nombre d’individus et d’entreprises associés à Gertler. Cette année, la Belgique a annoncé qu’elle suspendait toute son aide bilatérale directe au gouvernement congolais et qu’elle réorientait cette aide vers les organisations humanitaires et de la société civile.

Pourtant, à ce jour, Kabila semble s’appuyer sur le soutien que la région lui confère – y compris d’autres dirigeants qui ont recouru à la répression, à la violence et à la corruption pour forcer la tenue de référendums constitutionnels et d’autres manœuvres visant à renforcer leur pouvoir tout en tentant de maintenir une démocratie de façade. L’exception notable est le Botswana, son ministère des Affaires internationales ayant déclaré en février de cette année que la RD Congo faisait face à une « situation humanitaire de plus en plus grave […] essentiellement parce que son dirigeant persiste à retarder la tenue d’élections et a perdu le contrôle de la sécurité de son pays ». Le Botswana a exhorté « la communauté internationale à exercer de plus fortes pressions sur l’équipe dirigeante de la République démocratique de Congo afin qu’elle renonce au pouvoir et prépare le terrain à l’instauration d’un nouvel ordre politique ». Certains autres pays ont également fait part publiquement de leurs préoccupations, dont l’Angola. En outre, la SADC a pris certaines mesures pour venir à bout de la crise, notamment en nommant un envoyé spécial.

Mais des mesures beaucoup plus importantes pourraient être prises. Il est primordial que la région exerce un leadership politique plus puissant afin de débloquer la situation politique et électorale qui risque de déclencher une nouvelle guerre en RD Congo et de plonger l’ensemble de la région dans une grave instabilité.

La nouvelle présidence du Sud-Africain Cyril Ramaphosa offre une opportunité importante de réorienter la politique régionale à l’égard de la RD Congo. Le gouvernement sud-africain et la SADC d’une manière plus générale pourraient soutenir les aspirations du peuple congolais en matière de démocratie et de droits humains, et contribuer à empêcher une aggravation de la violence et de l’instabilité en adoptant une position forte consistant à exhorter Kabila à agir dans le respect de la constitution de son pays et à permettre une transition pacifique vers un nouveau dirigeant élu. Ils devraient également insister pour que les critères relatifs aux droits humains soient remplis afin d’assurer la tenue d’élections véritablement crédibles. Le message à transmettre devrait indiquer sans équivoque qu’un non-respect de ces mesures sera lourd de conséquences.

L’adoption d’une telle position pourrait réellement contribuer à recentrer l’attention et à aider l’Afrique du Sud à retrouver son rôle de chef de file et de défenseur de la paix, de la sécurité, de l’égalité et des droits humains – en Afrique du Sud et ailleurs.

Merci.