RDC : les congolais s’attendent à une élection entachée d’irrégularités et litigieuse (Sondage BERCI/GEC)

Kinshasa, le 31 juillet 2018 – Cette semaine, le Bureau d’Études, de Recherches, et de Consulting International (BERCI) et le Groupe d’étude sur le Congo (GEC) à l’Université de New York publieront un sondage d’opinion politique représentatif au niveau national réalisé dans la première semaine de juillet 2018. Un résumé des résultats sont présenté ci-dessous, le rapport complet sera disponible en fin de semaine.

Le sondage s’est effectué à l’approche des élections nationales et provinciales, actuellement prévues pour le 23 décembre 2018, et après l’acquittement rendu en appel par  la Cour Pénale Internationale (CPI) de  Jean-Pierre Bemba. Nous publions ce sondage quelques jours avant le retour attendu au pays de Bemba et d’un autre leader de l’opposition, Moïse Katumbi, après des années d’exil. Le sondage indique que :

  • Les élections de décembre seront très contestées. Soixante-deux pour cent des personnes interrogées ne font pas confiance à la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) pour organiser des élections libres et transparentes. Un pourcentage identique ne fait pas confiance aux Cours et tribunaux pour trancher les contentieux électoraux. Une pluralité (45 %) déclare, même,  que si le candidat du Président Kabila gagne les élections, ils n’en accepteront pas les résultats. Environ la moitié des répondants se disent  prêts à participer à une manifestation si les élections sont truquées ou retardées.
  • Dans la course à la présidence, l’opposition est encore et toujours beaucoup plus populaire que la coalition au pouvoir. Cependant,  Felix Tshisekedi, Jean-Pierre Bemba et Moïse Katumbi sont maintenant à égalité en termes statistiques dans une fourchette de 17 à 19%. Bemba a progressé de 16 points  depuis notre sondage en novembre 2017. Si l’opposition n’a pas la capacité de s’unir pour une candidature unique, nos résultats indiquent que  la coalition au pouvoir pourrait gagner une proportion des votes aussi importante que chaque candidat de l’élection en tête de lice de l’opposition. En effet, si tous les candidats potentiels faisant partie de la coalition de Kabila, se  présentaient à l’élection,  ils  pourraient  ensemble totaliser environ 19 % des voix (15% sans Adolphe Muzito).
  • L’opposition devrait-elle présenter une candidature unique ? La question est devenue d’autant plus  importante depuis la libération de Bemba ; 57 % des répondants serait favorable à une candidature unique de l’opposition pour l’élection présidentielle. Les personnes interrogées favoriseraient Moïse Katumbi (28 %) et Felix Tshisekedi (26 %), et Bemba (20%) pour ce poste.
  • L’approbation pour la libération de Jean-Pierre Bemba rendue en appel par la Cour pénale internationale est générale, une décision publiée plusieurs semaines avant la tenue du scrutin. Quatre-vingt-trois pour cent pensent que son acquittement est  une bonne chose, contre 66 % qui pensaient que sa condamnation était injuste lors du national sondage que nous avons mené en octobre 2016. Nonobstant – – ou peut-être à cause de son acquittement – – une majorité de congolais (68 %) ont néanmoins une bonne opinion de la Cour pénale Internationale (CPI).
  • La campagne en faveur d’un troisième mandat de Kabila gagne du terrain. Par rapport à février dernier, le nombre de personnes qui voteraient pour Kabila a augmenté légèrement de 6 à 9 % au niveau national, mais de 21 à 37% dans l’ancienne Province Orientale, son seul et dernier bastion.
  • Enfin, les personnes interrogées sont divisés en proportion presqu’égale sur la question de savoir si les élections devraient être retardées afin que le processus puisse être rendu plus crédible ; 36% ne sont pas favorables à la révision du fichier électoral pour éliminer les irrégularités ; et un pourcentage similaire déclare qu’ils ne sont pas favorables à la révision de la répartition des sièges pour refléter les corrections éventuelles de la loi électorale. Et pourtant, malgré cette impatience, 66% des répondants ne sont pas du tout en faveur  des machines à voter électroniques.

Les sondages ont été réalisés via des entretiens téléphoniques de 1 154 personnes âgées de 18 ans et plus à travers les 26 provinces du pays sélectionnées à partir d’une liste de 2000 numéros de téléphone cellulaire obtenus lors de l’enquête représentative au niveau national de BERCI/GEC de 2016 qui s’est déroulée dans plus de 400 sites réparti dans tout le pays au domicile des répondants.  Le taux de réponses était de 57%. La marge d’erreur était de +/- 3%.

SYC

Pour des questions ou demandes de presse, veuillez contacter Francesca Bomboko, directeur de BERCI (anglais, Lingala, Français, + 32 468 45 82 44 ou berci65@yahoo.fr); ou Jason Stearns, directeur du GEC (Anglais, Swahili, Français), js8296@nyu.edu).

RDC : JED dénonce une nouvelle attaque contre un média par la Police à Kinshasa

Kinshasa, le 26 juillet 2018 – Journaliste en danger (JED) a condamné énergiquement l’incursion d’un groupe d’éléments de la police nationale congolaise dans les installations de Kin Lartus, un magazine d’informations générales diffusé dans plusieurs chaînes des télévisions émettant à Kinshasa, suivie du saccage des matériels de travail et l’arrestation d’au moins dix journalistes trouvés dans les installations de ce magazine.

Selon les différents témoignages recueillis par JED et rapportés dans un communiqué officiel, les installations du magazine télévisé « Kin Lartus » ont été prises d’assaut, le mercredi 25 juillet 2018 vers 13 heures, par un groupe d’agents de la police à la suite d’une plainte de la promotrice d’un autre magazine télévisé dénommé « Kilartus » qui proteste contre l’utilisation « frauduleuse » de son logo et sa dénomination.

Deux éléments de la police en tenue civile dont une femme s’étaient présentés au siège de ce magazine télévisé sous prétexte de se renseigner sur le prix de diffusion de leurs activités. Pendant qu’on leur donnait des explications, plusieurs autres agents armés ont envahi les installations du média. Du coup, ils ont commencé à saccager les matériels de diffusion qu’ils ont par la suite emportés. Les dix journalistes qui se trouvaient dans les locaux ont été  embarqués de force dans leur véhicule à destination de l’Inspection Générale de la Police.

Six d’entre eux ont été remis en liberté, tard dans la soirée, grâce à l’intervention de l’avocat conseil de ce magazine. Les quatre autres journalistes : Jean Jacques Kabeya, Ritha Musau, Doya Mayi et Fretace Mbamanku ont passé la nuit dans le cachot de la police.

Contacté par JED, Maitre Maki Makiese, Avocat conseil du magazine Kin Lartus, a déclaré que les quatre journalistes encore en détention sont accusés par Mme Kilala, leur ancien employeur, d’utiliser « ses emblèmes et la dénomination de son magazine ».

Joint également par JED, Mme Kilala a expliqué avoir saisi la justice pour réclamer ses droits : « Ce sont des journalistes que j’ai recruté et qui travaillaient dans mon magazine Kilartus. Nous ne nous sommes pas entendus et nous avons résilié le contrat. Au lieu d’aller créer leur magazine avec leur propre dénomination et leur propre logo, ces journalistes utilisent ma marque et mon logo. Je n’ai pas des problèmes particuliers avec ces journalistes. Je protège tout simplement ma marque, c’est-à-dire le nom de mon magazine et mon logo ».

Sans entrer dans le fond de cette affaire, Journaliste en danger (JED) condamne énergiquement l’incursion des éléments de la police dans les installations de ce média, le saccage et la confiscation des matériels de diffusion de ce média réduit au silence.

Pour JED, cette attaque contre un média constitue une grave atteinte à la liberté de la presse qui doit être immédiatement stoppée.

SYC

RDC : un an après la reddition du chef rebelle Ntabo Ntaberi Sheka, où en est le procès ?

Goma, le 26 Juillet 2018 – Le Cercle national de réflexion sur la jeunesse (CNRJ-RDC) est très préoccupé de savoir le sort qu’a eu le chef rebelle Sheka, un an après sa reddition à Mutongo. Il y a exactement un an depuis que le ce rebelle avait fait sa reddition auprès de la Monusco. C’était le 26 juillet 2017 à Mutongo en territoire de Walikale dans la province du Nord – Kivu.

“Les autorités judiciaires en toute indépendance devraient remettre Sheka devant un juge afin qu’il puisse répondre aux accusations à son encontre”, a déclaré Jean Claude Buuma Mishiki, président du CNRJ-RDC.

Quelques jours plus tard, constate le CNRJ-RDC, les responsables de la Monusco avaient procédé à remettre le chef rebelle auprès des autorités judiciaires congolaises, mais un an déjà, aucun procès public afin qu’il réponde aux crimes qui lui sont présumés.

“La reddition de Sheka, commandant du groupe armé Nduma Defense of Congo (NDC-SHEKA) avait suscité un ouf de soulagement pour de nombreux civils vivant dans la zone où il contrôlait, et beaucoup des victimes avaient alors espérer qu’un procès sera immédiatement ouvert contre Sheka, mais cependant rien n’a été fait jusqu’à présent”, indique le CNRJ-RDC.

Le groupe armé qui était sous commandement de Sheka est présumé d’avoir commis de viol massif dans plusieurs villages autour de Mpofi et Luvungi, dans le territoire de Walikale, à l’Est du pays en 2010. La justice congolaise avait alors émis un mandat à son encontre, mais Sheka a échappé aux occasions où il devrait être arrêté jusqu’au jour où lui-même a décidé de se remettre auprès des casques blues de la Monusco à Mutongo.

SYC

RDC : HRW plaide pour un traitement humain et un procès équitable au Chef de guerre Ntabo Ntaberi Sheka