Intolerance politique en RD Congo

Une vue du centre ville de Lubumbashi

JUSTICIA asbl, une organisation de promotion et de protection des droits de l’homme et du droit humanitaire est vivement préoccupée par la monté de l’intolérance politique, suivie des injures, imputations dommageables, menaces et autres en République Démocratique du Congo proférés par bien des gouvernants contre les opérateurs politiques de la Majorité Présidentielle ayant été exclus ou démissionné pour contester contre les velléités de non-respect de la Constitution en vue d’assurer un troisième mandat non constitutionnel à l’actuel Chef de l’Etat sortant.

Les personnalités politiques, victimes de ces actes d’intolérance, sont des acteurs politiques membres du fameux G7 : Pierre LUMBI du Mouvement social pour le renouveau, Olivier KAMITATU de l’Alliance pour le renouveau du Congo, José ENDUNDO du Parti démocrate-chrétien, BANZA MALOBA de l’Avenir du Congo), Gabriel KYUNGU Wa KUMWANZA de l’union nationale des fédéralistes du Congo, Charles MWANDO NSIMBA de l’Union nationale des démocrates fédéralistes, Christophe LUTUNDULA de l’ Alliance des démocrates pour le progrès.

JUSTICIA asbl constate avec inquiétude que ces actes d’intolérance consistent principalement aux menaces d’instrumentalisation de l’appareil judiciaire, aux imputations dommageables, aux injures publiques, etc. sont véhiculés par les médias publics dont la RTNC (Radio Télévision Nationale Congolaise) et se sont exacerbés depuis que Moïse KATUMBI CHAPWE, a annoncé sa double démission le 29 septembre 2015 de son poste de Gouverneur de province du Katanga et de membre du parti présidentiel PPRD (Parti du Peuple pour la Reconstruction et le Développement).

Depuis ce jour, on assiste à un lynchage médiatique de la part des personnalités, membres de la Majorité Présidentielle et du Gouvernement de la République. Ces messages, qui sont même véhiculés sur des médias publics, et portés même par le Porte-parole du Gouvernement Mr Lambert MENDE qui se trouve être Porte-parole de la Majorité au pouvoir, et de la Présidence de la République, et de son propre parti politique, sont susceptibles de ne pas apaiser le climat politique dont la RD Congo a besoin durant cette période pré-électorale.

En outre, il transparaît de plus en plus, la volonté de la part de la Majorité présidentielle de faire asseoir ses actes d’intolérance politique en se basant sur cette pratique d’harcèlement judiciaire qui serait en gestation afin de mettre hors-course l’ancien gouverneur de la province du Katanga Moise KATUMBI CHAPWE, parce qu’il pourrait facilement être plébiscité à la magistrature suprême lors des présidentielles futures. C’est dans le même sens que M. Richard MUYEJ, ancien Ministre national de l’ Intérieur et membre du Bureau politique de la Majorité présidentielle, intervenant sur la Radio France Internationale a laissé transparaitre clairement cet harcèlement judiciaire en

préparation en se servant du prétexte que M. Moise KATUMBI CHAPWE alors gouverneur de province aurait persécuté des magistrats, membres de la mission de contrôle mixte du Parquet Général de la République et du Ministère des médias et nouvelles citoyenneté pour paiement des droits de douane au Katanga. Par rapport à cet incident, il y a lieu de rappeler qu’en 2013, lors de la grève lancée par les opérateurs économiques, membres de la Fédération des Entreprises du Congo, FEC/Katanga.

JUSTICIA Asbl avait obtenu des documents faisant état de l’exécution abusive des injonctions faites par Madame le Ministre de la justice. Et en date du 15 octobre 2015, par sa lettre référencée N/REF : DJSF/DJ/JLMK/F, la FEC dénonçait la mission de contrôle telle que initiée à Lubumbashi sur base de la réquisition d’information du Procureur Général de la République et dont les irrégularités et les abus avaient contraint les opérateurs économiques à initier une grève. Par sa lettre du 16 octobre 2015 référencée PKK/PKK/F.0384/2013, la FEC/Katanga faisait savoir que cette mission mixte violait délibérément les dispositions du Décret n° 01/2029 du 23 août 2012 portant interdiction du contrôle et recouvrement des impôts, droits et autres redevances dues à l’Etat sans requête des régies financières.

Elle stigmatisait le scellé des entreprises opéré par ces missionnaires. Le jeudi 24 octobre 2013, une grève illimité frappera tous les secteurs d’activités économiques sur toute l’étendue de la province du Katanga, obligeant Madame le Ministre de la Justice et droits humains d’adresser au Procureur Général de la République sa lettre N/R :2854/BM 633KBI/CAB/MIN/JDH/2013 dans laquelle elle s’inquiétait de l’exécution abusive de l’injonction faite à sa lettre n°1692/LW/597/AK/CAB/MIN/JDH/2013 du 27 juin 2013. Comme on peut bien le remarquer, dans bon nombre des cas, la justice congolaise a été instrumentalisée contre des opposants politiques ou des activistes des droits de l’homme, tel est le cas du Bâtonnier Jean Claude MUYAMBO, M. Vano KIBOKO, M. Ernest KYAVIRO, l’opposant DIOMI NDONGALA, les défenseurs des droits humains Christopher MUTAMBA et Fred BAUMA.

JUSTICIA Asbl dénonce et condamne fermement les attaques, injures, intimidations et menaces faites contre les opposants à un troisième mandat du Président Joseph KABILA.

Elle rappelle aussi que ces messages d’intolérance dans le chef des gouvernants et des animateurs de la Majorité présidentielle contribuent à augmenter la tension sociale en cette période pré-électorale déjà tendue par la méfiance entre les acteurs politiques et sociaux au sujet des tergiversations à organiser les élections selon les échéances constitutionnelles. Elle recommande aux acteurs politiques de privilégier la tolérance, le respect mutuel, la non instrumentalisation de ses services publics pour la bonne marche de la démocratie et la tenue des élections dans un climat de paix et de sécurité totale pour tous.

Fait à Lubumbashi, le 06/10/2015

Les autorités impliquées dans une attaque contre des manifestants

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Répression accrue à l’encontre des opposants politiques

(Kinshasa, le 6 octobre 2015) – De hauts responsables des forces de sécurité et du parti au pouvoir en République démocratique du Congo semblent avoir recruté des voyous en vue d’attaquer une manifestation politique pacifique dans la capitale, Kinshasa, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.

Le 15 septembre 2015, un groupe de jeunes a violemment attaqué un rassemblement public organisé par des dirigeants de l’opposition politique pour appeler le président Joseph Kabila à quitter ses fonctions à l’issue de ses deux mandats constitutionnellement autorisés en décembre 2016. Armés de gourdins et de bâtons en bois, les assaillants ont frappé les manifestants, répandant la peur et le chaos dans la foule de plusieurs milliers de protestataires. Plus d’une dizaine de manifestants ont été blessés, dont certains ont été piétinés alors qu’ils tentaient de fuir.

« Les citoyens congolais ont le droit de manifester pacifiquement à propos des limites du mandat présidentiel sans se faire attaquer par des voyous recrutés à cet effet », a déclaré Ida Sawyer, chercheuse senior auprès de la division Afrique à Human Rights Watch. « L’implication apparente de hauts responsables de la sécurité et du parti au pouvoir dans les attaques violentes montre jusqu’où les autorités sont capables d’aller pour stopper les manifestations de l’opposition. »

Human Rights Watch a observé la manifestation du 15 septembre, et a par la suite interrogé des victimes et des témoins, des professionnels de santé et plusieurs assaillants.

Parmi les assaillants figuraient des membres de la Ligue des Jeunes du Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD) de Kabila, parmi lesquels beaucoup sont connus comme pratiquant des arts martiaux, ainsi que des jeunes ayant des liens avec Vita Club, l’une des principales équipes de football de Kinshasa. Des agents de l’Agence nationale de renseignements (ANR), de la police et de l’armée, tous en tenue civile, auraient également pris part à l’attaque.

Plusieurs jeunes hommes qui ont reconnu avoir participé à l’attaque ont affirmé à Human Rights Watch qu’ils se trouvaient parmi plus de 100 jeunes recrutés par de hauts responsables de la sécurité et des responsables du PPRD. Ils ont indiqué que chaque recrue était payée environ 65 USD. Les jeunes hommes ainsi recrutés ont expliqué qu’ils ont été invités à se rassembler dans un camp militaire à Kinshasa la nuit précédente et qu’ils ont « reçu des instructions sur la manière de mener l’attaque ». L’un d’entre eux a raconté : « On nous a dit de commencer à attaquer les manifestants et de semer le désordre dès que l’un des leaders de l’opposition insulterait le président Kabila ». Un moyen de transport a été mis à la disposition des recrus le lendemain matin, pour les conduire jusqu’au quartier où la manifestation de l’opposition se déroulait.

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La police déployée pour assurer la sécurité lors de la manifestation n’a pas stoppé les assaillants armés de bâtons lorsqu’ils sont arrivés, mais est restée à proximité et a simplement observé leur arrivée. La police est uniquement intervenue quelque temps plus tard lorsque des manifestants en colère s’en sont pris aux assaillants et ont commencé à les frapper.

Un des assaillants qui a été battu est décédé plus tard de ses blessures. Les agents de police ont rapidement emporté son corps à l’une des morgues de la ville. Un employé de la morgue a raconté à Human Rights Watch que des officiers de police ont demandé aux employés de la morgue de ne pas toucher le corps et de n’informer personne de sa présence. Ils ont ordonné aux employés de l’étiqueter comme « corps de l’État », empêchant ainsi les membres de la famille de le réclamer. Human Rights Watch a documenté de précédents cas dans lesquels des responsables de la sécurité ont fait identifier un corps comme « corps de l’État » pour dissimuler des décès politiquement problématiques.

Des témoins ont indiqué à Human Rights Watch que le commissaire provincial de la police de Kinshasa, le général Célestin Kanyama, figurait parmi au moins trois hauts responsables ayant participé au rassemblement de recrutement la nuit précédant la manifestation et qui avaient donné des instructions sur la façon de mener l’attaque. Kanyama a précédemment été impliqué dans de graves atteintes aux droits humains, y compris pour son rôle de commandement pendant la répression de janvier contre des manifestants qui a fait au moins 38 morts.

La police devrait rester apolitique, impartiale et respecter le droit de rassemblement pacifique de tous les citoyens congolais, a rappelé Human Rights Watch. La mission de maintien de la paix des Nations Unies en RD Congo, la MONUSCO, pourrait contribuer à prévenir de nouvelles attaques en déployant la police de l’ONU lors des manifestations politiques. Le mandat de la MONUSCO en vertu de la résolution 2147 du Conseil de sécurité prévoit d’« [a]ssurer, dans ses zones d’opérations, une protection efficace des civils se trouvant sous la menace de violences physiques ».

L’attaque du 15 septembre n’était qu’un incident parmi les plus récents dans un contexte de répression croissante à l’encontre des personnes qui s’opposent à un troisième mandat de Kabila ou à tout report des élections nationales prévues en novembre 2016. Alors que les préparatifs des élections ont déjà pris du retard, certains s’inquiètent du fait que Kabila et ses partisans pourraient favoriser un report des élections, permettant ainsi un « glissement » de la date du scrutin vers une prolongation du mandat de Kabila.

Deux dirigeants de partis politiques et quatre jeunes activistes ont été récemment condamnés pour incitation à la désobéissance civile ou en vertu d’autres accusations fallacieuses après avoir publiquement dénoncé la répression politique ou demandé la libération d’activistes arrêtés arbitrairement. Plusieurs autres activistes et dirigeants de partis politiques ont été arrêtés et font actuellement l’objet de procès pour avoir critiqué les tentatives de Kabila de prolonger son mandat.

D’autres jeunes ont été arbitrairement arrêtés sans chef d’inculpation. Trois étudiants universitaires arrêtés en mars alors qu’ils imprimaient des tracts appelant les étudiants à soutenir un leader de l’opposition, Vital Kamerhe, ont été arbitrairement détenus par l’ANR sans être autorisés à recevoir la visite d’avocats ou de membres de leurs familles. Un musicien congolais est toujours arbitrairement détenu par des responsables des services de renseignement, pour des liens présumés avec des organisations de jeunesse pro-démocratie.

Le 16 septembre, le président Kabila a exclu sept leaders politiques de haut niveau, désignés comme le Groupe des 7 ou G7, des rangs de sa coalition de partisans connue sous le nom de Majorité présidentielle (MP) après qu’ils lui ont adressé une lettre publique le 14 septembre exigeant qu’il respecte la limite constitutionnelle de deux mandats. D’autres membres de la coalition de la majorité ont alors exprimé leur soutien au G7 en démissionnant de leurs postes au gouvernement. Plusieurs d’entre eux ont par la suite subi des actes de harcèlement et d’intimidation.

Le 17 septembre, des agents des services de renseignement de la province du Sankuru (dans l’ancienne province du Kasaï-Oriental) ont fait fermer une station de radio appartenant à Christophe Lutundula, un membre du parlement et du G7. Un témoin a raconté à Human Rights Watch que les agents ont confisqué l’équipement de radiodiffusion, en indiquant aux employés qu’ils avaient reçu des ordres de leurs supérieurs à Kinshasa. Le 18 septembre, des agents des services de renseignement ont arrêté trois employés du Ministère de Plan, dont l’ancien ministre, Olivier Kamitatu, fait partie du G7. Ils ont été embarqués de force dans des véhicules et conduits jusqu’au bureau de l’ANR, où ils ont été détenus pendant plusieurs heures avant d’être relâchés.

« L’historique des violations graves des droits humains en RD Congo devrait servir d’alerte aux gouvernements concernés au sujet de la violence et la répression politiques avant qu’elles ne s’intensifient », a conclu Ida Sawyer. « Ces gouvernements devraient faire pression sur le gouvernement congolais pour exiger la libération des personnes détenues à tort et pour mener des enquêtes sur les responsables des attaques contre des manifestants pacifiques. Prévenir des abus est bien moins coûteux que d’essayer de ramasser les pots cassés après coup. »

Pour de plus amples informations sur l’attaque lors de la manifestation du 15 septembre et les arrestations d’activistes et de leaders politiques, veuillez lire la suite.

Pour consulter d’autres communiqués et rapports de Human Rights Watch sur la République démocratique du Congo, veuillez suivre le lien :
https://www.hrw.org/fr/africa/democratic-republic-congo

Pour de plus amples informations, veuillez contacter :
À Kinshasa, Ida Sawyer (anglais, français): +243-99-86-75-565 (portable) ou +1-917-213-0939 (portable) ; ou sawyeri@hrw.org. Twitter @ida_sawyer.
À Madrid, Anneke Van Woudenberg (anglais, français): +44-771-166-4960 (portable) ; ou woudena@hrw.org. Twitter @woudena.
À Madrid, Philippe Bolopion (français, anglais): +1-917-734-3201 (portable) ; ou bolopion@hrw.org. Twitter @bolopion.

Attaque contre la manifestation d’opposition du 15 septembre
La manifestation du 15 septembre s’est déroulée au terrain Sainte-Thérèse dans la commune de N’djili à Kinshasa. Les manifestants agitaient des drapeaux des partis d’opposition sur fond de musique congolaise, et des dirigeants de partis ont prononcé des discours. Beaucoup portaient des t-shirts avec l’inscription « Non au glissement », faisant allusion aux tentatives des partisans de Kabila de laisser les élections nationales « glisser » vers une prolongation de son mandat.

Une adhérente d’un parti d’opposition qui a participé à la manifestation a affirmé à Human Rights Watch qu’elle a été attaquée par un groupe de jeunes armés de gourdins et de bâtons en bois :

Lorsque les personnes ont commencé à s’enfuir, j’ai vu de jeunes hommes poursuivre les manifestants avec des gourdins. J’ai pensé que la police allait intervenir parce qu’elle n’était pas très loin. Mais non, elle n’a rien fait. Alors que je m’enfuyais, un des assaillants s’est approché et m’a donné un coup de tête si fort que je suis tombée et j’ai perdu connaissance.

Une femme dont la jambe a été fracturée par l’un des attaquants a expliqué :

Lorsque je me suis levée pour voir comment je pourrais m’enfuir, j’ai vu un homme avec une barre en fer venir vers moi en criant : « On en a marre de vous ! » Puis il m’a frappé très fort à la jambe. Je suis tombée sur les chaises en plastique et il a continué à avancer [dans la foule].

Ce n’est que lorsque les manifestants s’en sont pris aux assaillants que la police est intervenue. Alors que les policiers transportaient des assaillants blessés, certains manifestants ont jeté des pierres sur la police, qui ne semblait pas être armée.

Un employé à la morgue de Kinshasa a raconté à Human Rights Watch que des agents de police ont amené le corps d’un assaillant décédé à la morgue et que les officiers de police ont par la suite ordonné aux employés de la morgue de ne pas toucher au corps et de n’informer personne de sa présence :

Ils nous ont dit que personne ne devait toucher le corps et que nous devions le mettre de côté. Ils ont ajouté : « Le corps appartient à l’État ; n’y touchez pas ». Ils ont même écrit sur un papier qu’ils ont disposé près du corps : « corps de l’État ». Puis des agents des services de renseignement en tenue civile sont venus à la morgue pour vérifier que les instructions avaient bien été suivies. Nous savons que ce ne sont pas des employés de la morgue, mais nous ne pouvons rien y faire.

Arrestations de leaders politiques et d’activistes
Les activistes et les leaders politiques suivants ont fait l’objet d’arrestations et de détentions arbitraires, et certains sont jugés pour de fausses accusations, pour s’être publiquement exprimés contre une prolongation du mandat de Kabila ou pour avoir dénoncé la répression de l’année passée :

Vano Kalembe Kiboko
, un ancien membre du parlement de la coalition de la majorité de Kabila, a été arrêté le 29 décembre 2014 après avoir publiquement critiqué la répression policière violente d’une manifestation au Katanga et les tentatives visant à permettre au président Kabila de briguer un troisième mandat. Il a été conduit à la prison centrale de Kinshasa et maintenu en détention provisoire jusqu’à l’ouverture de son procès en mai dernier. Le 14 septembre, il a été déclaré coupable et condamné à trois ans de prison pour haine raciale et tribalisme et « divulgation de faux bruits ».

Ernest Kyaviro, un leader d’opposition de Goma dans l’est de la RD Congo, a été arrêté le 22 janvier pendant la semaine de manifestations dans le pays contre les modifications proposées de la loi électorale. Au lendemain de son arrestation, il a été transféré dans un centre de détention de l’Agence nationale de renseignements (ANR) à Kinshasa, où il a été détenu pendant 86 jours sans chef d’inculpation et sans recevoir la visite de sa famille ou d’un avocat. L’accès à un traitement médical lui a été refusé pendant cette période. Kyaviro a été transféré plus tard à la prison centrale de Kinshasa. Le 18 septembre, il a été jugé coupable de provocation et incitation à des manquements envers l’autorité publique et a été condamné à trois ans de prison. Le 23 septembre, l’épouse de Kyaviro a reçu des menaces par téléphone d’une personne anonyme qui lui a dit : « Nous vous avions interdit de parler aux médias, mais vous faites du bruit depuis que votre mari a été arrêté… Maintenant vous verrez bien ce qui arrivera. Nous savons où vous habitez. »

Le 18 septembre, quatre jeunes activistes de l’organisation Lutte pour le Changement (LUCHA), Trésor Akili, Sylvain Kambere, Vincent Kasereka et Gentil Mulume, ont été jugés coupables d’« incitation à la désobéissance à l’autorité » et condamnés à six mois de prison assortis de 12 mois de sursis. Ils avaient été arrêtés le 7 avril après avoir organisé une manifestation pacifique appelant à la libération de leurs collègues qui avaient été arrêtés à Kinshasa après avoir participé à un atelier pour lancer Filimbi, une plate-forme encourageant l’implication des jeunes dans le processus politique. Les quatre activistes de LUCHA ont été provisoirement libérés au bout de 22 jours.

Leurs collègues Fred Bauma et Yves Makwambala sont toujours en détention à la prison centrale de Kinshasa, pour avoir participé à l’atelier sur Filimbi. Leur procès est en cours.

Le défenseur des droits humains Christopher Ngoyi et Cyrille Dowe, un leader de parti politique, ont tous deux été arrêtés pendant les manifestations de janvier. Ils sont actuellement détenus à la prison centrale de Kinshasa, après des semaines ou des mois dans un établissement de l’ANR. Jean-Claude Muyambo, un autre leader de parti politique, a aussi été arrêté pendant les manifestations de janvier et envoyé à la prison centrale de Kinshasa. Il est détenu dans un établissement de santé à Kinshasa où il est soigné pour les blessures subies lors de son arrestation. Les procès contre Ngoyi, Dowe et Muyambo sont en cours, tous basés sur des chefs d’inculpation apparemment basés sur des motifs politiques.

Le 19 septembre, deux étudiants de l’Université de pédagogie nationale (UPN) de Kinshasa ont été libérés au bout de huit mois après avoir été arrêtés arbitrairement par des agents des services de renseignement, sans chef d’inculpation ni accès à leur famille et à des avocats. Ils ont été arrêtés en janvier alors qu’ils étaient en possession de tracts appelant à manifester contre les modifications proposées de la loi électorale.

Trois étudiants de l’Université de Kinshasa – Léon Nguwa, Joel Bokoro et Giresse Bangomisa – sont toujours en détention arbitraire dans un établissement de l’ANR. Ils ont été arrêtés en mars alors qu’ils imprimaient des tracts appelant les étudiants à se mobiliser pour soutenir un leader d’opposition, Vital Kamerhe, qui était en procès à la Cour suprême.

Un rappeur et artiste congolais, Junior Mapeki (connu sous le nom de Radek), est aussi détenu arbitrairement dans un établissement de l’ANR. Il a été arrêté en mai et interrogé sur des liens présumés avec les activistes de Filimbi et les organisations de jeunes pro-démocratie de l’Afrique de l’Ouest, Balai Citoyen et Y’En a Marre. On aurait trouvé dans son téléphone des photos de personnes tuées pendant les manifestations de janvier à Kinshasa.

Mbuji-Mayi: JED exige la libération d’un journaliste détenu depuis 72 heures

Mbuji-Mayi

Kinshasa, le 5 Octobre 2015

JED exige la libération d’un journaliste détenu depuis 72 heures dans un cachot de la police à Mbuji-Mayi

Journaliste en danger (JED) exige la libération d’un journaliste détenu depuis trois jours au commissariat de la police de Mbuji-Mayi, chef-lieu de la province du Kasaï Oriental (Centre de la RDC), pour avoir filmé des agents de la police déployés dans une grande artère de cette ville dans le but d’empêcher une manifestation de l’opposition.

Selon les informations parvenues à JED, Fiston Binene, Journaliste àDinanga Radiotélévision (DRTV), est détenu dans un cachot du commissariat de la police nationale congolaise depuis samedi 3 octobre 2015. Il a été appréhendé dans la rue au moment où il filmait à l’aide de son téléphone, une jeep de la police avec à son bord  un groupe de policiers envoyés pour disperser une manifestation de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS, parti d’opposition) réclamant le dialogue national et contre le troisième mandat du Président Joseph Kabila.

Fiston Binene a ensuite été conduit au commissariat local de la police où il a été sommé de faire appel à son directeur de programme, Raphael Kazadi, pour être auditionné. Se présentant, Raphael Kazadi a été, lui aussi, placé en détention après un bref interrogatoire. Le directeur de programme de DRTV a été libéré, sans conditions, lundi 5 octobre 2015 vers 11 heures (heure locale), tandis que Fiston Binene est toujours gardé sans aucun motif dans les installations de la police.

Contacté par JED après sa libération, Raphael Kazadi a déclaré : «  J’ai été invité à la police pour témoigner sur l’appartenance de Fiston Binene à notre média. J’ai prouvé que le journaliste travaille bel et bien à DRTV qui est une station de radio et non une télévision. Malgré mes explications, j’ai été aussi placé en état de détention. C’est seulement ce matin (lundi 5 octobre 2015, ndlr) qu’un agent de la police est venu m’annoncer ma libération. Le responsable de la police soupçonne Fiston Benene d’avoir pris leurs images dans le but d’aller les vendre à l’UDPS ».

Journaliste en danger (JED) condamne fermement l’arrestation et la détention arbitraire de ces deux journalistes pendant 72 heures dans les installations de la police.

JED  demande instamment au responsable local de la police et au gouverneur de la province du Kasaï  Oriental d’ordonner la libération du journaliste encore détenu au commissariat de la police de Mbuji-Mayi.

Pour tout contact :

Journaliste en Danger (JED)

374, avenue Colonel Mondjiba, complexe Utexafrica, galerie Saint Pierre, Commune de Ngaliema

Kinshasa/RD Congo

Téléphone : +(243) 99 99 96 353, +(243) 81 99 96 353

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