RDC : Hommage à l’Abbé Benoît Kinalegu, le lanceur d’alerte sur les attaques de la LRA

Les communautés du nord-est de la République démocratique du Congo pleurent la perte d’un homme extraordinaire. L’Abbé Benoît Kinalegu, le prêtre catholique qui a alerté le monde au sujet des terribles exactions commises par l’Armée de résistance du Seigneur (Lord’s Resistance Army, LRA) en RD Congo, est décédé le 8 avril 2016. Il est mort de problèmes rénaux et respiratoires, dans la ville de Dungu, à l’âge de 53 ans.

J’ai rencontré pour la première fois l’Abbé Benoît au début de 2009, peu après qu’il eut donné l’alerte par radio sur les « massacres de Noël », sanglant épisode lors duquel la LRA, groupe rebelle dirigé par Joseph Kony, a lancé une vague d’attaques particulièrement brutales contre les populations civiles dans la région congolaise du Haut-Uélé, faisant plus de 800 morts.

Quand je suis arrivée avec une collègue à Dungu pour vérifier si les informations que nous avions reçues étaient vraies, on nous a dit que la personne que nous devions absolument rencontrer était l’Abbé Benoît. Dès notre première rencontre, nous avons été frappés par son courage. Il a accepté de nous aider à découvrir ce qu’il s’était passé et nous a accompagnés à moto jusqu’aux lieux reculés où s’étaient produits les massacres. Son empathie avec les victimes et les témoins traumatisés, dont beaucoup avaient vu certains de leurs proches être massacrés à coups de machettes, a été instantanée. Il était doux, réconfortant et solidaire. Ils le considéraient avec respect et il leur a prodigué des encouragements, leur assurant qu’ils ne seraient pas oubliés.

Au fil des années, l’Abbé Benoît ne s’est pas contenté de documenter les horribles crimes commis par la LRA. Il a pris la tête d’une campagne de plaidoyer, exhortant le président des États-Unis, Barack Obama, à participer à la protection des civils face à la menace de la LRA. La voix de l’Abbé Benoît, avec d’autres voix, a conduit au déploiement de conseillers spéciaux américains chargés de soutenir une « Taskforce » régionale mise sur pied pour lutter contre la LRA. L’abbé a contribué à mettre en place un réseau d’alerte précoce pour signaler par radio toute activité suspecte de la LRA, de sorte que les communautés, même dans les zones les plus reculées dépourvues de réseau de téléphone cellulaire, puissent alerter rapidement et obtenir de l’aide quand les attaques se produisaient. Ces efforts ont contribué à une réduction notable des attaques de la LRA ces dernières années.

Son œuvre peut-être la plus importante a été la création à Dungu d’un centre pour les enfants qui ont été enlevés par la LRA et forcés à devenir esclaves sexuels ou combattants. Il les a aidés à se remettre, à reconstruire leurs vies et à se réinsérer dans leurs communautés. Son sourire chaleureux et sa nature optimiste les ont aidés sur le long chemin du rétablissement. Pour les nombreuses victimes de la LRA et leurs familles, il a été un pilier sur lequel elles pouvaient s’appuyer lors des périodes les plus sombres.

L’Abbé Benoît va me manquer énormément. Et comme beaucoup d’autres, je ne l’oublierai pas, pas plus que ses remarquables efforts pour contribuer à faire de notre monde un endroit meilleur.

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L’Abbé Benoît Kinalegu était le directeur de la Commission de Paix et Justice de l’Église catholique pour le diocèse de Dungu-Doruma, dans le nord-est de la RD Congo. En 2012, il a été lauréat du Prix Alison Des Forges, décerné par Human Rights Watch, pour son extraordinaire dévouement à la cause qu’il défendait.

Ida Sawyer

Chercheuse senior sur la RD Congo

Pour de plus amples informations sur son travail, veuillez suivre le lien:

https://www.hrw.org/fr/news/2012/10/26/abbe-benoit-kinalegu-rd-congo

https://www.hrw.org/fr/news/2016/04/11/point-de-vue-hommage-labbe-benoit-kinalegu-de-la-rd-congo

L’indésirabilité de Jason Stearns par les autorités est à la base de son expulsion de la RDC

(New – York, le 9 Avril 2016) – Le Centre pour la Coopération Internationale (CIC) est profondément préoccupé par l’expulsion de Jason Stearns de la République démocratique du Congo le 7 avril 2016. La raison officielle de cette expulsion par les autorités congolaises a été « l’indésirabilité» de M. Stearns, le directeur du Groupe d’étude sur le Congo (GEC), précise le communiqué officiel. Elles ont également fait mention du rapport récent publié par le GEC sur les massacres autour de Beni.

Le GEC a publié le 21 mars 2016 un rapport intitulé «Qui sont les tueurs de Beni ? » sur les massacres autour de la ville de Beni, au nord-est de la RDC. Les conclusions du GEC sont les résultats de plus de 110 entretiens avec des rescapés, des participants aux attaques et des autorités locales. La recommandation principale du rapport était de lancer une enquête militaire globale sur les massacres.

En réaction, le Porte-parole du Gouvernement et Ministre de la Communication et des Médias a tenu une conférence de presse au cours de laquelle il a dénoncé ledit rapport et a biaisé ses conclusions.

Contrairement aux allégations du gouvernement, le rapport ne conclut pas que les Forces Armées de la République démocratique du Congo (FARDC), en tant qu’institution, sont responsables des massacres autour de Beni. Par contre, le rapport met en cause certains de leurs éléments, ainsi que d’anciens membres du Rassemblement Congolais pour la Démocratie–Kisangani/Mouvement de libération (RCD–K/ML) et des membres de l’Alliance of Democratic Forces (ADF). De ce fait, le rapport ne dédouane pas  les ADF qui portent probablement la plus grande responsabilité dans ces massacres.

Les autorités congolaises ont fait des déclarations concernant des irrégularités d’immigration commises par M. Stearns. Ce sont des questions mineures de procédure, que nous sommes en train d’essayer de régler. Le GEC soumettra bientôt une autre demande de visa pour M. Stearns

Nous attendons avec impatience la possibilité de continuer notre travail avec les autorités congolaises comme avec d’autres responsables sur des questions d’importance nationale.

Le Groupe d’étude sur le Congo, basé au sein du Centre pour la Coopération Internationale de l’Université de New York, est une organisation indépendante dédiée à la compréhension des développements politiques et sécuritaires en RDC. M. Stearns, qui a travaillé sur la RDC pendant 15 ans, a fondé l’organisation en 2015.

Ci – Joint : http://congoresearchgroup.org/communique-de-presse-sur-lexpulsion-de-jason-stearns-de-la-rd-congo/?lang=fr

RDC : Absence des victimes au procès des militaires de la MINUSCA accusés de viols en Centrafrique

(Kinshasa, 08 avril 2016)  –  L’Association Congolaise pour l’Accès à la Justice (ACAJ) salue le démarrage à Kinshasa des procès qui opposent l’Auditeur militaire à vingt militaires congolais ayant appartenu à la Mission des Nations Unies en République Centrafricaine (MINUSCA) pour violences sexuelles.

Vingt dossiers sont instruits, depuis le 28 mars 2016, par trois chambres foraines du Tribunal militaire de garnison de Kinshasa/Gombe à la prison de Ndolo. Dans un communiqué officiel, l’ACAJ est profondément préoccupée par l’absence des victimes aux procès d’une part ; et le fait qu’en dehors des procès-verbaux d’audition des prévenus et victimes, les autres moyens de preuve notamment des rapports médicaux n’aient pas été recueillis lors de l’instruction préliminaire d’autre part.

L’ACAJ craint que ces carences ne contribuent à un acquittement massif des prévenus et assure l’impunité à ceux qui auraient, effectivement, commis les faits leur reprochés.

« Nous demandons au Président du Tribunal militaire de garnison de Kinshasa/Gombe la suspension de tous les procès en cours afin que le Parquet militaire complète son instruction », a déclaré Me Vénance Kalenga, Chargé de Protection à l’ACAJ.

« Cette demande est déjà réglée par l’article 219 alinéa 1 du Code Judiciaire Militaire qui dispose que le juge militaire saisi peut, si l’instruction préparatoire lui semble incomplète ou si des éléments nouveaux sont révélés depuis sa clôture, ordonner tous actes d’instruction qu’il estime utiles », a-t-il ajouté.

L’ACAJ recommande au Gouvernement congolais d’allouer des moyens financiers nécessaires à la Justice militaire pour permettre ce complément d’instruction; de s’assurer que les procès tenus dans ces dossiers sont justes et équitables  ainsi que de la présence des victimes ou de leurs représentants légaux, et ce, en collaboration avec le Barreau et les autorités de la République Centrafricaine.

Pour rappel, les Nations Unies ont accusé certains militaires du contingent congolais qui participait à la MINUSCA d’avoir commis des viols, sur le territoire de la République Centrafricaine. La Justice militaire poursuit une vingtaine d’entr’eux dont treize pour violences sexuelles (dix viols, une tentative de viol et une atteinte à la pudeur) et sept notamment pour violation des consignes.

SYC