RDC : crise au Kasaï, les 21 recommandations du Groupe d’études sur le Congo (GEC)

Kinshasa, le 17 juillet 2017 – «Mettre le feu à sa propre maison: la crise au Kasaï, la manipulation du pouvoir coutumier et l’instrumentalisation du désordre» est l’intitulé du nouveau Rapport du Groupe d’études sur le Congo (GEC). Il en ressort que les racines de la crise au Kasaï n’ont pas été traitées. Alors que les auteurs restent impunis, les conflits coutumières persistent. Cependant, il n’y a pas de programme de démobilisation pendant que des tensions communautaires restent permanentes. Bien que diminuée, la violence persiste et 900,000 sont déplacés. Face à cette situation, GEC a formulé 21 recommandations aux parties prenantes.

Gouvernement congolais :

  • Dépolitiser et rendre plus transparentes les procédures de reconnaissance des chefs coutumiers en créant une commission d’État indépendante chargée de résoudre les conflits coutumiers, comme le stipule la loi de 2015 sur le statut des chefs coutumiers.
  • Mener des poursuites militaires pour les exactions commises par les membres de la police et de l’armée, notamment en agissant sur le cas existants, sur base des preuves fournies par l’équipe d’experts internationaux de la Commission des droits de l’homme des Nations Unies, et en fournissant des ressources et un pouvoir plus importants aux procureurs militaires.
  • Enquêter sur l’implication des autorités provinciales et nationales dans le soutien des milices.
  • Entreprendre des efforts de bonne foi pour collaborer avec l’envoyé de l’ONU, Robert Petit, afin d’établir les responsabilités pour le meurtre de deux experts de l’ONU au Kasaï Central en 2017, notamment en fournissant l’accès aux témoins
  • Redynamiser la commission nationale de démobilisation en allouant des fonds pour les opérations au Kasaï et en prenant des mesures pour rassurer les combattants qu’ils ne seront pas maltraités.
  • Entreprendre de véritables efforts pour promouvoir la réconciliation entre les communautés dans le Kasaï en créant des forums publics où les victimes et les dirigeants locaux peuvent exprimer leurs griefs et débattre des solutions.

Parlements nationaux et provinciaux congolais :

  • Mettre en place des commissions pour enquêter sur les conflits coutumiers et, de concert avec le gouvernement et la société civile locale, pour aider à promouvoir leur résolution pacifique.
  • Redynamiser la Commission de défense et de sécurité pour surveiller et enquêter efficacement sur les opérations de l’armée congolaise, des services de renseignement et de la police.

MONUSCO :

  • Prendre une position déterminée sur les violations des droits humains commises par le gouvernement, notamment en publiant des rapports sur les droits humains ainsi que des communiqués de presse.
  • Continuer de créer des espaces de dialogue politique aux niveaux local et national. Cela devrait inclure la sensibilisation des chefs coutumiers ainsi que des organisations de la société civile travaillant sur les conflits coutumiers, afin de garantir que les conflits localisés sur les ressources et le pouvoir politique coutumier soient traités rapidement.
  • Maintenir une présence dans le Kasaï, afin d’y surveiller les évolutions et de se prémunir contre de futurs conflits violents.
  • Maintenir la pression sur le gouvernement congolais pour qu’il mène des poursuites en cas de manipulation politique des conflits locaux par ses fonctionnaires.

Conseil de sécurité des Nations unies :

  • Maintenir la pression sur le gouvernement congolais pour qu’il mène une enquête transparente sur les meurtres des experts de l’ONU dans le Kasaï.
  • Encourager le Groupe d’experts des Nations Unies sur la RD Congo à se concentrer également sur la région du Kasaï, et augmenter leur personnel avec un expert sur le Kasaï.
  • Faire des déclarations claires sur les progrès réalisés par le système judiciaire congolais, avec le soutien des fonctionnaires de l’ONU, dans l’assassinat de deux experts de l’ONU au Kasaï en mars 2017.
  • Demander au Département des opérations de maintien de la paix des Nations Unies, par l’intermédiaire de son Unité des meilleures pratiques, d’examiner les mesures prises par la MONUSCO pour faire face à l’escalade de la violence dans la région du Kasaï.
  • Tirer parti du rapport de l’équipe d’experts internationaux du Haut-Commissariat des droits de l’homme de l’ONU pour informer les nouvelles sanctions des responsables de la violence.

Communauté internationale des bailleurs de fonds :

  • Soutenir les initiatives du gouvernement congolais visant à résoudre les différends sur le pouvoir coutumier et à dépolitiser la reconnaissance formelle des chefs traditionnels.
  • Affecter des fonds supplémentaires pour le développement et le désenclavement de la région du Kasaï.
  • Lier la transformation des conflits violents à la résolution de la crise politique à Kinshasa et à la promotion d’une plus grande responsabilisation des élites politiques au moyen d’élections.

Cour pénale internationale :

  • Si les autorités congolaises ne poursuivent pas de bonne foi les responsables des violences, annoncer l’ouverture d’une enquête sur ces crimes.

SYC

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RDC : GEC publie un rapport sur la crise au Kasaï [Résumé]

Kinshasa, le 17 juillet 2018 – Le Groupe d’étude sur le Congo (GEC) vient de rendre public un nouveau rapport intitulé : «Mettre le feu à sa propre maison: la crise au Kasaï, la manipulation du pouvoir coutumier et l’instrumentalisation du désordre». Ci-dessous, le résumé :

Depuis août 2016, la région du Kasaï a vu l’une des escalades de violence les plus dramatiques de l’histoire congolaise. Une lutte localisée pour le pouvoir coutumier s’est rapidement répandue dans quatre provinces, alimentée par le ressentiment suscité par la marginalisation économique et politique, et aggravée par le recours disproportionné à la force par le gouvernement pour réprimer la révolte.

En l’espace d’un an, 1,4 million de personnes ont été déplacées et des douzaines de milices armées ont été formées. L’église catholique a dénombré 3 383 décès dus à des conflits dans la grande région du Kasaï pour la seule période du 13 octobre 2016 au 17 juin 2017.

La crise révèle la rapidité avec laquelle un conflit local peut se propager dans le contexte instable actuel de la RD Congo. L’accent mis par le gouvernement sur une réponse militaire étroite a aggravé la crise. Au lieu de chercher une solution négociée aux griefs d’un chef coutumier provocateur, les forces de sécurité l’ont tué, puis ont fait usage d’une brutalité extrême pour tuer des centaines de miliciens dépenaillés – des enfants pour la plupart munis d’armes rudimentaires — et de civils.

L’armée et la police ont ensuite aidé à mettre en place des milices rivales, soutenues aux niveaux national et provincial par des politiciens. En revanche, il n’y a eu pratiquement aucune tentative sincère de la part du gouvernement pour s’attaquer aux causes profondes du conflit ou chercher à le résoudre de manière pacifique.

Cette crise remet en cause une hypothèse tacite au sujet du Kasaï : cette colère généralisée suscitée par la marginalisation politique et économique ne pourrait conduire à un conflit armé. La propagation rapide de la rébellion de Kamuina Nsapu et ses attaques sanglantes contre les institutions étatiques devraient amener les décideurs à réexaminer la façon dont ils évaluent les dynamiques politiques en RD Congo de manière plus générale.

Les principaux facteurs à l’origine de la crise sont plus ou moins répandus dans la majeure partie du pays à des degrés différents : la manipulation des luttes locales pour le pouvoir coutumier, la marginalisation sociale et les élites qui, dans le climat actuel d’incertitude politique, aggravent ou bien sont indifférentes à la violence généralisée.

Bien que le conflit dans le Kasaï ait diminué, les niveaux de souffrance humanitaire restent extrêmement élevés, et le potentiel pour de nouvelles violences, en particulier dans la province du Kasaï, subsiste. Il est difficile d’envisager une solution globale à ces défis, ou d’empêcher de nouvelles violences, sans aborder les dynamiques nationales. Le gouvernement congolais devra mettre en place des initiatives, soutenues par des bailleurs de fonds, pour faire face aux conflits coutumiers et réformer les structures de pouvoir traditionnelles.

Les efforts visant à rompre l’isolement économique des provinces du Kasaï et à promouvoir un dialogue inclusif devraient se poursuivre. Peut-être le plus important est-il que les agents du gouvernement, notamment les officiers de l’armée, soient tenus de rendre des comptes pour avoir encouragé la violence ou fait un usage disproportionné de la force pour la réprimer.

Télécharger le Rapport : «Mettre le feu à sa propre maison: la crise au Kasaï, la manipulation du pouvoir coutumier et l’instrumentalisation du désordre»

RDC : la société civile appelée à être plus active que spectatrice face aux difficultés de l’édification de la démocratie

Lubumbashi, le 14 juillet 2018. Les ONG congolaises doivent redevenir plus citoyennes qu’expertes, plus actives que spectatrices, plus exigeantes et déterminées, dans la non-violence, comme la veuve face au juge inique, de la parabole rendue dans la sainte Biblique (Luc 18 :1-8). Telle est la conclusion des participants à la conférence débat tenue à la médiathèque de l’Institut Français de Lubumbashi, le jeudi 12 juillet 2018, sur le rôle de la Société civile dans l’édification de la démocratie en RDC, analysé dans le livre de maître TSHISWAKA MASOKA Hubert.

« Il y a urgence de repenser les actions des Organisations non gouvernementales nationales et internationales, face aux difficultés de l’édification de la démocratie et l’Etat de droit, en RDC », ont recommandé les participants à ces assises.

La problématique de l’engagement citoyen se pose avec acuité, dans le contexte où le flou et l’incertitude sont entretenus par des politiciens véreux qui mettent en danger l’avenir du pays. Dans ce cas, soutiennent – ils, la société civile doit éclairer le citoyen et l’aider à exprimer ses desiderata, en tant que souverains primaire, dans un but non lucratif et sans vouloir conquérir le pouvoir.

S’inspirant de la veuve face au juge inique, la société civile doit exiger au quotidien, sans relâche jusqu’à l’obtention du respect de la volonté du souverain primaire suffisamment exprimée dans la Constitution et l’Accord politique de la Saint Sylvestre.

A l’instar du Comité Laïc de Coordination (CLC), l’Institut  pour la démocratie, la gouvernance, la paix et le développement en Afrique (IGDPA) et l’Association Congolaise pour l’Accès à la Justice (ACAJ), les participants à la conférence de Lubumbashi veulent voir :

(i) le Président KABILA accepter que son deuxième et dernier mandat a déjà expiré en décembre 2016 et qu’il ne peut en briguer un troisième, le 23 décembre 2018;

(ii) libérer les prisonniers politiques emblématiques et les leaders des mouvements citoyens ;

(iii) Et, arrêter des poursuites judiciaires politiquement motivées contre des leaders de l’opposition politique contraints à l’exile.

Des animateurs d’ONG, des professeurs d’universités, journalistes et autres intellectuels ont activement pris part à cette rencontre.

SYC