RDC : Libération de six jeunes LUCHA, une pétition à signer mise en ligne

Dans le cadre de la campagne dénommée « Les jeunes de la RDC veulent s’exprimer, pas être réprimés », Amnesty International lance une pétition, à signer en ligne, appelant à la libération de six activistes de la LUCHA à Goma condamnés à six mois d’emprisonnement le 4 mars dernier. Ils sont détenus uniquement pour avoir exercé leurs droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique, et sont à ce titre des prisonniers d’opinion. D’où, la nécessité de les libérer immédiatement et sans condition.

Les autorités congolaises ont intensifié la répression des libertés, en prévision des élections de 2016. Elles s’en sont prises à ceux qui s’interrogeaient sur l’intention du président Kabila de se présenter pour un troisième mandat. Elles ont également sévi quand le parti au pouvoir a été critiqué pour avoir tenté de modifier la Constitution afin de permettre au président de se présenter pour un nouveau mandat ou de prolonger l’actuel au-delà des délais prévus.

Les jeunes sont tout particulièrement visé-e-s. Lutte pour le changement (LUCHA) est l’un des mouvements de jeunes reprochant au gouvernement de ne pas répondre aux besoins essentiels des citoyens. LUCHA mène des actions pacifiques pour faire valoir ses droits et ceux des citoyens du pays, et dénonce des violations des droits humains.

Le 16 février, six jeunes ont été arrêté-e-s à Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu. Les autorités ont fait irruption dans la maison où ces six militant-e-s de LUCHA avaient passé la nuit à préparer des messages pour la grève générale convoquée par l’opposition et la société civile. Le but était de protester contre le retard pris dans l’organisation des élections de 2016, ce qui prolongerait le mandat du président Joseph Kabila au-delà du calendrier prévu par la Constitution.

Deux autres membres de LUCHA ont été appréhendés le même jour à Kinshasa. La veille, un autre jeune militant avait été arrêté après les avoir rencontrés. Leur procès est en cours. Ces neuf militant-e-s sont des prisonniers d’opinion.

Demandez au ministre de la justice de libérer immédiatement et sans condition les jeunes gens arrêtés à Goma.

Monsieur le Ministre,

Je vous écris afin de vous faire part de mon inquiétude quant au maintien en détention de six jeunes gens arrêtés le 16 février 2016 tandis qu’ils se préparaient, en vue d’une grève générale à l’appel de l’opposition et d’organisations de la société civile.

Le 4 mars 2016, la cour d’appel de Goma a condamné ces six personnes, Rebecca Kavugho, Serge Sivyavugha, Justin Kambale Mutsongo, Melka Kamundu, John Anipenda et Ghislain Muhiwa, à six mois de prison pour tentative d’incitation à la révolte.

Je vous demande instamment de faire libérer ces six jeunes gens immédiatement et sans condition. Ils sont détenus uniquement pour avoir exercé leurs droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique, et sont à ce titre des prisonniers d’opinion.

Je vous exhorte à respecter les droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de ma très haute considération.

Pour signer cette pétition, cliquer sur ce lien :

https://www.amnesty.org/fr/get-involved/take-action/repression-on-rise-against-youth-movements-in-drc/

RDC : Hommage à l’Abbé Benoît Kinalegu, le lanceur d’alerte sur les attaques de la LRA

Les communautés du nord-est de la République démocratique du Congo pleurent la perte d’un homme extraordinaire. L’Abbé Benoît Kinalegu, le prêtre catholique qui a alerté le monde au sujet des terribles exactions commises par l’Armée de résistance du Seigneur (Lord’s Resistance Army, LRA) en RD Congo, est décédé le 8 avril 2016. Il est mort de problèmes rénaux et respiratoires, dans la ville de Dungu, à l’âge de 53 ans.

J’ai rencontré pour la première fois l’Abbé Benoît au début de 2009, peu après qu’il eut donné l’alerte par radio sur les « massacres de Noël », sanglant épisode lors duquel la LRA, groupe rebelle dirigé par Joseph Kony, a lancé une vague d’attaques particulièrement brutales contre les populations civiles dans la région congolaise du Haut-Uélé, faisant plus de 800 morts.

Quand je suis arrivée avec une collègue à Dungu pour vérifier si les informations que nous avions reçues étaient vraies, on nous a dit que la personne que nous devions absolument rencontrer était l’Abbé Benoît. Dès notre première rencontre, nous avons été frappés par son courage. Il a accepté de nous aider à découvrir ce qu’il s’était passé et nous a accompagnés à moto jusqu’aux lieux reculés où s’étaient produits les massacres. Son empathie avec les victimes et les témoins traumatisés, dont beaucoup avaient vu certains de leurs proches être massacrés à coups de machettes, a été instantanée. Il était doux, réconfortant et solidaire. Ils le considéraient avec respect et il leur a prodigué des encouragements, leur assurant qu’ils ne seraient pas oubliés.

Au fil des années, l’Abbé Benoît ne s’est pas contenté de documenter les horribles crimes commis par la LRA. Il a pris la tête d’une campagne de plaidoyer, exhortant le président des États-Unis, Barack Obama, à participer à la protection des civils face à la menace de la LRA. La voix de l’Abbé Benoît, avec d’autres voix, a conduit au déploiement de conseillers spéciaux américains chargés de soutenir une « Taskforce » régionale mise sur pied pour lutter contre la LRA. L’abbé a contribué à mettre en place un réseau d’alerte précoce pour signaler par radio toute activité suspecte de la LRA, de sorte que les communautés, même dans les zones les plus reculées dépourvues de réseau de téléphone cellulaire, puissent alerter rapidement et obtenir de l’aide quand les attaques se produisaient. Ces efforts ont contribué à une réduction notable des attaques de la LRA ces dernières années.

Son œuvre peut-être la plus importante a été la création à Dungu d’un centre pour les enfants qui ont été enlevés par la LRA et forcés à devenir esclaves sexuels ou combattants. Il les a aidés à se remettre, à reconstruire leurs vies et à se réinsérer dans leurs communautés. Son sourire chaleureux et sa nature optimiste les ont aidés sur le long chemin du rétablissement. Pour les nombreuses victimes de la LRA et leurs familles, il a été un pilier sur lequel elles pouvaient s’appuyer lors des périodes les plus sombres.

L’Abbé Benoît va me manquer énormément. Et comme beaucoup d’autres, je ne l’oublierai pas, pas plus que ses remarquables efforts pour contribuer à faire de notre monde un endroit meilleur.

*****

L’Abbé Benoît Kinalegu était le directeur de la Commission de Paix et Justice de l’Église catholique pour le diocèse de Dungu-Doruma, dans le nord-est de la RD Congo. En 2012, il a été lauréat du Prix Alison Des Forges, décerné par Human Rights Watch, pour son extraordinaire dévouement à la cause qu’il défendait.

Ida Sawyer

Chercheuse senior sur la RD Congo

Pour de plus amples informations sur son travail, veuillez suivre le lien:

https://www.hrw.org/fr/news/2012/10/26/abbe-benoit-kinalegu-rd-congo

https://www.hrw.org/fr/news/2016/04/11/point-de-vue-hommage-labbe-benoit-kinalegu-de-la-rd-congo

RDC : Les conditions de vie inhumaines à la prison Angenga

Les quelque 750 prisonniers d’Angenga souffrent d’une grave pénurie d’eau et de nourriture et l’infirmerie de la prison n’a presque aucun médicament ou autre fourniture pour soigner les malades.

« La clinique de la prison ne mérite pas d’être appelée une clinique », a déclaré un responsable de la prison à Human Rights Watch. A lui de renchérir : « Il n’y a pas de médicament. C’est une catastrophe. Nous n’avons pas de paracétamol pour la diarrhée ou le paludisme. Nous devrions évacuer ceux qui sont vraiment malades vers Lisala [la ville la plus proche], mais nous ne pouvons pas financer cela. Les conditions sont inhumaines. »

Un prisonnier a dit :

Pour obtenir des médicaments, vous devez attendre une réponse de Dieu. Certains d’entre nous ont la tuberculose mais on leur donne des médicaments dont la date de péremption est passée. D’autres sont atteints du VIH, mais il n’y a aucun médicament anti-rétroviral. Ne voyez-vous pas que nous sommes voués à mourir ici l’un après l’autre?

Un autre détenu a déclaré :

Quand vous êtes malade, on s’occupe de vous dans une clinique qui n’a aucun médicament approprié. Personnellement, j’ai une grave infection des voies urinaires et je souffre énormément parce que mon transfert à l’hôpital de Lisala est constamment retardé. J’ai connu deux prisonniers qui sont morts parce qu’ils n’ont pas été transportés à temps à l’hôpital.

Un détenu a décrit ainsi les maigres rations d’eau :

Comme vous pouvez le voir, nous vivons dans des conditions inhumaines ici. Le plus gros problème est le manque d’eau. Nous n’en avons pas beaucoup et parfois nous sommes privés de bain pendant une semaine. Quand il pleut, c’est bien car nous avons de l’eau pour laver nos vêtements. Pour boire, ils nous donnent un seau d’eau de 15 litres pour environ 50 personnes. Et cette eau n’a pas été traitée. Quant à la nourriture, nous n’en recevons qu’une petite quantité par jour. On nous donne des haricots, parfois avec du riz, du manioc ou du foufou.

Un autre prisonnier a ainsi décrit les conditions sanitaires et d’hygiène :

Parfois, nous ne nous lavons même pas pendant une semaine. Et en plus de cela, nous n’avons pas de toilettes. Et la puanteur est insupportable. Dans le bloc cellulaire numéro un, par exemple, il y a plus de 300 détenus et seulement six petits trous dans le sol. Imaginez cela!

Pour rappel, Angenga a été construite au début des années 1950 lors de la période coloniale belge, à l’intention de prisonniers condamnés à de longues peines, et elle a ensuite été utilisée comme prison pour des personnels militaires et des prisonniers politiques pendant la dictature de Mobutu Sésé Seko, de 1965 à 1997. Elle a été fermée en 1997, puis rouverte en mars 2015.

En plus des anciens combattants des FDLR et d’autres personnes accusées d’avoir des liens avec les FDLR, plusieurs centaines de prisonniers originaires de toutes les régions du pays y sont incarcérés. Human Rights Watch a interrogé sept prisonniers à Angenga qui ne faisaient pas partie du groupe des combattants présumés des FDLR.

SYC

Ci – Joint : 

https://www.hrw.org/fr/news/2016/04/04/rd-congo-des-enfants-sont-detenus-dans-une-prison-militaire-dune-region-reculee