RDC : Les conditions de vie inhumaines à la prison Angenga

Les quelque 750 prisonniers d’Angenga souffrent d’une grave pénurie d’eau et de nourriture et l’infirmerie de la prison n’a presque aucun médicament ou autre fourniture pour soigner les malades.

« La clinique de la prison ne mérite pas d’être appelée une clinique », a déclaré un responsable de la prison à Human Rights Watch. A lui de renchérir : « Il n’y a pas de médicament. C’est une catastrophe. Nous n’avons pas de paracétamol pour la diarrhée ou le paludisme. Nous devrions évacuer ceux qui sont vraiment malades vers Lisala [la ville la plus proche], mais nous ne pouvons pas financer cela. Les conditions sont inhumaines. »

Un prisonnier a dit :

Pour obtenir des médicaments, vous devez attendre une réponse de Dieu. Certains d’entre nous ont la tuberculose mais on leur donne des médicaments dont la date de péremption est passée. D’autres sont atteints du VIH, mais il n’y a aucun médicament anti-rétroviral. Ne voyez-vous pas que nous sommes voués à mourir ici l’un après l’autre?

Un autre détenu a déclaré :

Quand vous êtes malade, on s’occupe de vous dans une clinique qui n’a aucun médicament approprié. Personnellement, j’ai une grave infection des voies urinaires et je souffre énormément parce que mon transfert à l’hôpital de Lisala est constamment retardé. J’ai connu deux prisonniers qui sont morts parce qu’ils n’ont pas été transportés à temps à l’hôpital.

Un détenu a décrit ainsi les maigres rations d’eau :

Comme vous pouvez le voir, nous vivons dans des conditions inhumaines ici. Le plus gros problème est le manque d’eau. Nous n’en avons pas beaucoup et parfois nous sommes privés de bain pendant une semaine. Quand il pleut, c’est bien car nous avons de l’eau pour laver nos vêtements. Pour boire, ils nous donnent un seau d’eau de 15 litres pour environ 50 personnes. Et cette eau n’a pas été traitée. Quant à la nourriture, nous n’en recevons qu’une petite quantité par jour. On nous donne des haricots, parfois avec du riz, du manioc ou du foufou.

Un autre prisonnier a ainsi décrit les conditions sanitaires et d’hygiène :

Parfois, nous ne nous lavons même pas pendant une semaine. Et en plus de cela, nous n’avons pas de toilettes. Et la puanteur est insupportable. Dans le bloc cellulaire numéro un, par exemple, il y a plus de 300 détenus et seulement six petits trous dans le sol. Imaginez cela!

Pour rappel, Angenga a été construite au début des années 1950 lors de la période coloniale belge, à l’intention de prisonniers condamnés à de longues peines, et elle a ensuite été utilisée comme prison pour des personnels militaires et des prisonniers politiques pendant la dictature de Mobutu Sésé Seko, de 1965 à 1997. Elle a été fermée en 1997, puis rouverte en mars 2015.

En plus des anciens combattants des FDLR et d’autres personnes accusées d’avoir des liens avec les FDLR, plusieurs centaines de prisonniers originaires de toutes les régions du pays y sont incarcérés. Human Rights Watch a interrogé sept prisonniers à Angenga qui ne faisaient pas partie du groupe des combattants présumés des FDLR.

SYC

Ci – Joint : 

https://www.hrw.org/fr/news/2016/04/04/rd-congo-des-enfants-sont-detenus-dans-une-prison-militaire-dune-region-reculee 

RDC : HRW appelle à la libération des 29 enfants détenus dans la prison militaire d’Angenga

(Goma, le 4 avril 2016) – L’armée nationale congolaise détient illégalement au moins 29 enfants dans de rudes conditions dans le nord-ouest de la République démocratique du Congo (RD Congo), a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Les autorités affirment que ces garçons, âgés de 15 à 17 ans, étaient membres d’un groupe rebelle armé et les détiennent dans une prison militaire à Angenga depuis leur capture dans l’est de la RD Congo dans la première moitié de 2015.

Human Rights Watch a constaté, lors d’une visite de la prison d’Angenga en décembre 2015, que ni ces garçons ni les hommes adultes qui sont détenus avec eux n’ont été formellement accusés de crimes, et qu’ils n’avaient accès ni à des avocats ni à leurs familles. Les détenus qui n’ont commis aucun crime devraient être remis en liberté sans tarder. Selon le droit international, les pays ont l’obligation de reconnaître la spécificité de la situation des enfants qui ont été recrutés ou utilisés dans un conflit armé. Les anciens enfants soldats devraient être réhabilités et réinsérés dans la société.

« Les autorités congolaises devraient libérer immédiatement les enfants et les adultes détenus à la prison d’Angenga qui n’ont commis aucun crime et inculper les autres de manière équitable », a déclaré Ida Sawyer, chercheuse senior au sein de la division Afrique de Human Rights Watch. « Les enfants qui ont été des combattants rebelles devraient être réhabilités, et non pas jetés en prison et détenus indéfiniment. »

Human Rights Watch a interrogé 52 détenus, dont 29 enfants, et plusieurs responsables de la prison à Angenga, ainsi que plus de 40 responsables militaires et gouvernementaux congolais, des responsables des Nations Unies, des travailleurs du secteur humanitaire et d’autres personnes, entre décembre 2015 et mars 2016.

Les conditions de détention sont déplorables à Angenga, où les prisonniers sont privés d’une nourriture adéquate, d’eau salubre et de soins médicaux. Les enfants et les adultes sont encore ensemble dans l’enceinte de la prison pendant la journée. Les enfants étaient détenus dans les mêmes cellules que les adultes jusque fin février 2016, lorsque les autorités de la prison les ont transférés dans une aile distincte pour dormir.

« Pour obtenir des médicaments, vous devez attendre une réponse de Dieu », a déclaré un prisonnier.

Cliquer ce lien pour lire : Les détenus d’Angenga

Entre février et juin 2015, les forces de sécurité congolaises ont appréhendé 262 hommes et garçons de nationalité congolaise, rwandaise et burundaise dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, et dans l’ancienne province du Katanga dans l’est de la RD Congo. Ces captifs ont été accusés d’être membres des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR), groupe armé majoritairement composé des rwandais membres de l’ethnie hutue, dont certains dirigeants sont considérés comme ayant participé au génocide de 1994 au Rwanda.

La majorité des combattants des FDLR d’aujourd’hui ne sont guère susceptibles d’avoir joué un rôle dans le génocide car à l’époque ils étaient trop jeunes. Un très grand nombre de combattants des FDLR sont des recrues de nationalité congolaise.

L’armée a emmené ces combattants présumés vers la ville de Goma, puis les a transférés par avion à la prison militaire d’Angenga, dans l’ancienne province de l’Équateur dans le nord-ouest de la RD Congo (actuellement appelée province de Mongala), entre mai et août 2015. Depuis décembre, plus de 60 autres combattants présumés des FDLR ont été transférés à Angenga. Au moins quatre prisonniers sont morts de maladies depuis leur arrivée à Angenga. Deux autres ont été tués par balle le 26 février 2016 en dehors du périmètre de la prison. Les autorités pénitenciaires soutiennent que les deux hommes avaient tenté de s’évader.

La plupart des prisonniers interrogés, dont 17 enfants, ont affirmé être des civils et n’avoir aucun lien avec les FDLR. D’autres ont reconnu avoir appartenu aux FDLR mais ont affirmé avoir été démobilisés il y a des mois, voire des années, et s’être réinsérés dans la vie civile. Plusieurs réfugiés hutus rwandais ont affirmé que les autorités les avaient arrêtés sous prétexte qu’ils auraient dû se faire enregistrer auprès des agences nationales et internationales chargées des réfugiés en RD Congo. Certains ont affirmé s’être entendu dire qu’ils devaient, pour leur propre sécurité, quitter la zone d’opérations militaires où ils se trouvaient, mais que lorsqu’ils sont arrivés avec leurs familles dans un village prétendûment « sûr », ils avaient été arrêtés et accusés d’appartenir aux FDLR. Human Rights Watch n’a pu confirmer la véracité de ces affirmations individuelles.

« Les autorités locales sont venues nous dire que nous devions nous faire enregistrer auprès de la CNR [Commission nationale pour les réfugiés] », a déclaré à Human Rights Watch un garçon hutu rwandais âgé de 16 ans qui vivait à Fizi, dans la province du Sud-Kivu. « Mais en fait, ils nous ont emmenés à leur camp militaire. Le même jour, huit autres personnes sont tombées dans le même piège, croyant qu’elles devaient se faire enregistrer. »

Un autre détenu âgé de 16 ans, qui a été enfant soldat au sein des FDLR, a affirmé qu’il s’était rendu à l’armée congolaise afin de pouvoir retourner à la vie civile grâce au programme de démobilisation du pays. En fait, il a été arrêté et envoyé à Angenga.

Huit autres enfants qui avaient été membres des FDLR ont déclaré qu’ils s’étaient rendus à la mission de maintien de la paix de l’ONU en RD Congo, la MONUSCO, dans les territoires de Rutshuru et Masisi au Nord-Kivu. Ces enfants ont affirmé que les Casques bleus les avaient ensuite remis à l’armée congolaise. La MONUSCO affirme que sept d’entre eux avaient initialement déclaré être des adultes et que le huitième garçon ne s’est pas présenté à la MONUSCO. La MONUSCO a également déclaré que les Casques bleus ont remis deux autres enfants soldats des FDLR – qui ont initialement déclaré être des adultes – à l’armée congolaise, qui les a ensuite envoyés à Angenga. La MONUSCO a ajouté qu’ils ont à tort supposé que l’armée allait envoyer les anciens combattants dans un camp de réintégration et non à la prison.

Cliquer ce lien pour lire :

Témoignages de réfugiés rwandais hutus et autres prsumés FDLR détenus à Angenga

Les diverses divisions de la MONUSCO, ainsi que des organisations non gouvernementales, l’armée congolaise et des autorités pénitentiaires, ont attribué aux enfants présumés des âges considérablement divergents, ce qui justifie un examen approfondi des politiques existantes, a indiqué Human Rights Watch.

Un responsable de haut rang de la MONUSCO a été informé des transferts de détenus, y compris d’enfants, à la prison d’Angenga, au plus tard en octobre 2015 lors d’une réunion d’information tenue par une organisation humanitaire. Dans son rapport publié en octobre, le Groupe d’experts de l’ONU sur la RD Congo a également évoqué les détenus d’Angenga.

Cinq mois après avoir été informée de la possible détention d’enfants, la MONUSCO a envoyé une mission d’enquête. Lors de cette mission conjointe de trois jours en mars 2016, des responsables de la MONUSCO et de l’armée congolaise ont eu ensemble des entretiens sommaires avec 94 enfants présumés, sur la base de listes qu’ils avaient reçues des autorités pénitentiaires et d’une organisation humanitaire. Ces responsables ont conclu que 22 détenus étaient des enfants.

Human Rights Watch estime que le nombre d’enfants est vraisemblablement beaucoup plus élevé et que les conditions dans lesquelles ces entretiens ont été menés et la brièveté du temps passé avec chaque enfant ont compromis l’exhaustivité de l’enquête.

Le 28 mars, un responsable de haut rang de la MONUSCO a déclaré que la mission travaillait avec le gouvernement congolais afin d’extraire les enfants de la prison mais qu’aucune date n’avait encore été fixée pour ce transfert.

Certains des ex-combattants des FDLR détenus à Angenga ont peut-être été impliqués dans des crimes de guerre ou dans d’autres crimes. Mais ces hommes, pas plus que les autres détenus, n’ont été ni inculpés ni amenés à comparaître devant un tribunal. Parmi eux se trouve un officier des FDLR, Séraphin Nzitonda, qui fait l’objet d’un mandat d’arrêt congolais pour son rôle présumé dans un viol massif.

« Les responsables de l’ONU savaient que des enfants étaient détenus à Angenga mais ont attendu des mois avant d’agir sur la base de cette information », a affirmé Ida Sawyer. « Les autorités congolaises devraient travailler étroitement avec la MONUSCO pour extraire les enfants de cette prison. Cette prison n’est pas faite pour des enfants et, étant donné les conditions de vie déplorables qui y règnent, il semble qu’elle n’est faite pour personne. »

SYC

Ci – Joint :

https://www.hrw.org/fr/news/2016/04/04/rd-congo-des-enfants-sont-detenus-dans-une-prison-militaire-dune-region-reculee

RDC : JED prend acte de la condamnation à mort du meurtrier d’un journaliste à Monkoto

Journaliste en danger (JED) prend acte de la décision prise par le Tribunal de grande instance de Boende condamnant à la peine capitale le meurtrier  du journaliste Soleil Balanga, tué le 16 avril 2015 à Monkoto, cité située à plus de 100 Km de Boende, chef-lieu de la province de la Tshuapa (Nord-ouest de la RDC).

Selon les informations parvenues à JED et confirmées par l’un des avocats de la famille du journaliste assassiné, le Tribunal de grande instance de Boende a rendu son verdict, lundi 22 février 2016, dans l’affaire du meurtre du journaliste Soleil Balanga. Moussa Tendenle, le fils du médecin chef de la zone de santé de Monkoto, a été condamné à une peine capitale pour avoir tranché la gorge de Soleil Balanga à l’aide d’un couteau. Un médecin et un infirmier de la zone de santé de Monkoto, poursuivis pour participation criminelle, ont été acquittés.

Contacté par JED, Me Papy Botshona, l’un des avocats de la famille de Soleil Balanga, a déclaré : « Nous ne sommes pas totalement satisfaits avec ce verdict. Les deux autres prévenus poursuivis pour participation criminelle devraient également être condamnés. Ce matin (mardi 23 février 2016, ndlr), je suis allé interjeter appel contre ce verdict ».

 « Nous prenons acte de cette sanction suprême en espérant que cela pourra dissuader ceux qui pensent que, dans ce pays, on peut menacer, attaquer ou tuer un journaliste sans être inquiété. Mais en tant qu’organisation de défense des droits de l’homme, nous sommes naturellement contre l’exécution de la peine de mort », a dit Tshivis Tshivuadi, Secrétaire général de JED.

Soleil Balanga, journaliste à la Radio Communautaire de Monkoto, a été  attaqué violemment à l’aide d’un couteau, jeudi 16 avril 2015, par le fils du médecin chef de zone de santé de Monkoto, qui lui avait tranché la gorge pour avoir diffusé  une information annonçant le départ de son père de la direction de cet hôpital.

SYC

 

Ci – joint : COMMUNIQUE – JED prend acte de la condamnation à mort du meurtrier d’un journaliste à Monkoto, au Nord de la RDC