RDC : le Conseil des droits de l’homme de l’ONU invité à approfondir l’enquête sur la région du Kasaï

Kinshasa, le 4 juillet 2018 – Human Rights Watch a exhorté le Conseil des droits de l’homme de l’ONU de renouveler et d’étendre le mandat des experts, pendant au moins un an, pour mener de nouvelles enquêtes sur les Kasaï et au-delà, à des fins de responsabilisation.

“Un mécanisme dédié couvrant le pays dans son ensemble est nécessaire pour garantir la surveillance et l’établissement de rapports auprès du CDH, pour répondre rapidement aux événements dès qu’ils se produisent et pour fournir des recommandations au gouvernement de la RD Congo et à la communauté internationale”, a estimé  Human Rights Watch dans un message publié sur son blog.

En effet, soutient cette organisation, les abus commis en RDC et le fort potentiel de nouvelles flambées de violences à grande échelle sur fond de contexte politique incertain requièrent des enquêtes sur les droits humains et un suivi supplémentaires.

“Nous venons d’entendre les récits terrifiants des atrocités perpétrées dans la région du Kasaï en République démocratique du Congo, qui, d’après les conclusions de l’équipe d’experts du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, constituent des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité commis par les forces de sécurité congolaises et par plusieurs milices”, rapporte le message.

Depuis août 2016, environ 5 000 personnes, et bien plus possiblement, ont été tuées au Kasaï, et plus de 1,4 million de personnes ont été déplacées. Seuls quelques suspects de rang subalterne ont été traduits en justice et aucun n’a été jugé responsable pour le meurtre des deux enquêteurs des Nations Unies et la disparition de leurs chauffeurs et de leur interprète congolais en mars 2017. Les attaques contre les civils se poursuivent au Kasaï et il existe un risque de nouvelle intensification, car les causes sous-jacentes des violences n’ont pas été résolues.

Aujourd’hui, près de 4,5 millions de personnes dans toute la RD Congo ont été déplacées. Depuis décembre dernier, les violences se sont intensifiées dans la province d’Ituri, avec des incidents terrifiants de massacres, de viols et de décapitations. Les civils continuent également d’être pris pour cibles dans les provinces du Kivu, où des groupes armés et les forces de sécurité ont tué plus de 460 personnes et enlevé 730 autres depuis janvier. Dans la province du Tanganyika, plus de 200 personnes ont été tuées et de nombreux villages et camps de déplacés ont été incendiés depuis la résurgence des violences au milieu de l’année 2016.

https://twitter.com/UN_HRC/status/1014094758048882688

Les récentes violences en RD Congo sont, en grande partie, suscitées ou exacerbées par la crise politique du pays, alors que le président Joseph Kabila s’est maintenu au pouvoir au-delà des deux mandats permis par la Constitution en retardant les élections et en réprimant la dissidence. Même si des élections sont prévues pour décembre, la répression continue, Joseph Kabila n’a pas encore annoncé explicitement qu’il quittait le pouvoir et l’opposition comme la société civile accordent peu de confiance à la crédibilité du processus.

“Le risque d’une reprise des violences, des abus et de la répression dans les mois à venir est très élevé, avec des conséquences potentiellement désastreuses pour la région. Les abus commis en RD Congo et le fort potentiel de nouvelles flambées de violences à grande échelle sur fond de contexte politique incertain requièrent des enquêtes sur les droits humains et un suivi supplémentaires”, préconise Human Rights Watch.

SYC

RDC : forces de sécurité parmi les présumés auteurs de crime contre l’humanité au Kasaï

Kananga, le 27 juin 2018 – Des forces de sécurité de la RDC sont pointées du doigt parmi les présumés auteurs de crime contre l’humanité et crime de guerre commis contre des populations civiles dans l’espace kasaïen depuis 2016. Des Experts de l’ONU ayant enquêté sur ces atrocités accusent également des milices locales. Des voix s’élèvent pour que ces auteurs  de ces crimes imprescriptibles répondent de leurs actes devant la justice internationale.

En effet, le bilan des affrontements entre les miliciens Kamuina Nsapu et les forces de sécurité, soutenues selon le rapport par les milices Bana Mura, est de plus de 3 000 morts et 1,4 million de déplacés.

« Certaines des exactions commises par les forces de défense et de sécurité, les milices Bana Mura et la milice Kamuina Nsapu constituent des crimes contre l’humanité ou des crimes de guerre, ainsi que des violations et des atteintes aux droits de l’homme », rapportent les enquêteurs de l’ONU qui citent des actes de meurtre, viol, réduction en esclavage, notamment sexuel, persécutions et autres actes inhumains.

Ces attaques, affirment – ils, ont été menées contre les populations civiles avec un caractère généralisé ou systématique, et dans la poursuite de la politique d’un Etat ou d’une organisation ayant pour but une telle attaque.

« Il est urgent de mettre en place une politique de désarmement des milices et un processus de réconciliation afin d’éviter une nouvelle vague de violences et permettre le retour des déplacés et réfugiés », ont indiqué les enquêteurs de l’ONU qui ont été mandatés en juin 2017, pour une période d’un an, par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies.

S’ils ont été autorisés à se rendre en RDC pour enquêter, ils déplorent cependant qu’un « très sérieux problème d’impunité subsiste au regard de l’ampleur et de la gravité des crimes commis ».

Ce rapport sera présenté devant le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies le 3 juillet 2018.

Des activistes des droits de l’homme estiment que ce rapport rédigé sur base des témoignages de 524 victimes, témoins et auteurs présumés, et l’examen des photos et des vidéos est nécessaire pour permettre aux instances habilitées d’enclencher des poursuites contre ces trois types d’auteurs présumés (à savoir : l’armée congolaise, la milice Bana Mura et la milice Kamuina Nsapu), y compris les plus hauts responsables, de ces actes de violence d’un niveau extrêmement élevé.

Pour rappel, la région du Kasaï a été le théâtre en 2016-2017 d’un violent conflit qui a débuté après la mort le 12 août 2016 du chef traditionnel Kamuina Nsapu.

SYC

RDC : UNICEF réintègre 30 000 enfants de l’espace kasaïen à l’école grâce à l’USAID et l’UKAid

Kinshasa, le 28 juin 2018 – La crise qui a affecté la région du Kasaï depuis deux ans, a impacté le secteur de l’éducation, en laissant de milliers d’enfants en dehors du système scolaire. Afin de répondre à cette situation, un accord de collaboration a été signé le 27 juin entre l’UNICEF, USAID et la Coopération britannique (UKAid) pour garantir un accès inclusif à une éducation de qualité à 30 000 enfants.

Pendant la crise au Kasaï, de nombreuses infrastructures scolaires ont été détruites ou pillées. L’accord de coopération signé entre l’UNICEF, USAID et la Coopération britannique prévoit de construire sur 59 sites scolaires 354 salles de classe temporaires et semi-permanentes conformes aux normes nationales et comprenant des infrastructures d’hygiène et d’assainissement dans les provinces du Kasaï-Oriental et du Kasaï-Central. Les écoles ciblées seront également équipées en mobiliers scolaires et matériels didactiques.

L’accord prévoit aussi d’assurer un meilleur suivi et une supervision pédagogique de qualité du personnel enseignant à travers la formation de 545 enseignants (30% de femmes) sur la méthodologie centrée sur l’enfant, l’environnement sûr et protecteur, l’approche communautaire, l’éducation à la paix et le soutien psychosocial. En outre, la mise en œuvre du projet privilégiera l’implication communautaire.

L’accord signé aujourd’hui s’inscrit dans le cadre du programme « ACCELERE! » conjointement financé par USAID et la Coopération britannique en partenariat avec le Gouvernement de la République Démocratique du Congo (RDC). Il a pour but de soutenir les priorités du Gouvernement dans le secteur de l’éducation et particulièrement l’enseignement primaire pour un montant de 180 millions de dollars américains sur 5 ans (2015-2020), dans les anciennes provinces du Katanga, Kasaï-Occidental, Kasaï-Oriental, Equateur, Sud-Kivu et Nord-Kivu.

Face à la crise humanitaire au Kasaï, le programme « ACCELERE ! » dans sa deuxième phase de mise en œuvre, accordera une attention particulière à l’éducation des enfants dans les situations d’urgence dans la région du Kasaï.