Dernière mise à jour le 07/12/2018
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RDC : Bemba acquitté, des milliers des victimes renvoyées à leur solitude et précarité

Publié le : 11 June, 2018 à 16 h 54 min


La Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) et ses partenaires en République Centrafricaine (RCA), qui avaient documenté les crimes imputés aux troupes de Bemba commis en RCA en 2002 et 2003, puis saisi la CPI, ont regretté que le jugement rendu en appel innocente le chef de guerre et laisse les victimes sans recours. Dans un communiqué officiel, Karine Bonneau estime que les juges viennent de leur voler leurs derniers espoirs d’indemnisation et les renvoient à leur solitude et précarité.

« Ce verdict – qui repose principalement sur le fait que Bemba n’était pas présent à Bangui au moment des exactions – est une insulte aux milliers de victimes de l’armée qu’il a équipée, dirigée, et envoyée semer la désolation en Centrafrique », a déclaré Karine Bonneau, responsable du Bureau justice internationale de la FIDH.

En effet, la FIDH et la Ligue centrafricaine des droits de l’Homme avaient documenté, dès 2002 – 2003, les crimes commis en RCA, y compris par les troupes du Mouvement de Libération du Congo (MLC) de Bemba. Des crimes que la Chambre de première instance de la CPI avait qualifié de « cruauté particulière » lorsqu’elle le condamnait en mars 2016 à 18 ans de réclusion pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre, faisant notamment référence aux viols collectifs perpétrés de manière répétée.

Les éléments recueillis sur le terrain par la FIDH, puis par le Bureau de la Procureure de la CPI, et confirmés en première instance, attestaient du modus operandi du MLC.

« Jean Pierre Bemba, en tant que supérieur hiérarchique, avait connaissance de ces crimes et n’avait rien fait pour les empêcher ou punir ses auteurs. La FIDH avait notamment donné à la CPI la preuve d’une lettre adressée par Bemba au président de la FIDH, dans laquelle il reconnaissait l’existence des crimes commis par ses troupes », rappelle le communiqué.

Les crimes du MLC contre la population civile furent massifs et systématiques. Les violences sexuelles et particulièrement le viol ont été utilisés comme une arme de guerre, dans le but d’humilier, terrifier et punir la population civile centrafricaine, accusée de complicité avec la rébellion. Le mode opératoire de ces crimes est quasiment toujours le même d’un récit à un autre : entrée brutale dans l’habitation ; racket d’argent ; terreur infligée par des tirs sporadiques ou mises en joue ; viols collectifs.

Malheureusement, la Chambre d’appel n’a pas tenu compte de tous ces éléments. Elle a indiqué que les juges de première instance avaient condamné Jean-Pierre Bemba pour des actes criminels ne faisant pas partie des charges confirmées. Elle a en outre jugé que la Chambre de première instance s’était trompée en affirmant que Bemba n’avait pas pris les mesures nécessaires pour prévenir les crimes et punir les membres de ses troupes responsables des exactions.

« La responsabilité de Jean Pierre Bemba en tant que supérieur hiérarchique (en application de l’article 28 du Statut de la CPI) ne pouvait donc être retenue selon les trois juges de la majorité. Les juges d’appel ont donc acquitté Bemba de toutes les charges constitutives de crimes de guerre et crimes contre l’humanité, puisque toutes fondées sur ce mode de responsabilité. Deux juges d’appel ont émis des opinions dissidentes, défendant la confirmation de la condamnation et critiquant fortement la décision de la majorité. »

SYC