En décembre, des violences ont éclaté dans la province de l’Ituri dans le nord-est de la République démocratique du Congo. Des milices ont mené des attaques meurtrières dans des villages, tuant des dizaines de civils, brûlant des milliers de maisons et déplaçant plus de 100 000 personnes, dont près de 60 000 réfugiés ayant fui en Ouganda.

Human Rights Watch a reçu des récits terrifiants de massacres, de viols et de décapitations. En février, après une attaque dans le village de Seseti, un survivant a décrit avoir trouvé 15 cadavres, dont ceux de trois enfants, le lendemain matin. « Ils avaient coupé la tête et les bras de certains… et leur avaient même ouvert le ventre », a-t-il raconté. « Nous étions trop effrayés pour rester là et les enterrer correctement, nous avons seulement creusé un petit trou… et nous sommes partis rapidement. »

Ceci n’est que la dernière flambée de violence face à laquelle la réponse du gouvernement et des forces de sécurité congolais a été tout à fait insuffisante. Les attaques des milices et, dans certains cas, de l’armée contre des civils se sont aussi poursuivies dans le Kasaï central et dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu et du Tanganyika dans l’est du pays, faisant 4,5 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays – plus que partout ailleurs en Afrique – et exposant 2 millions d’enfants au risque de mourir de faim.

Ces violences sont, pour la plupart, liées à la crise politique plus large qui touche le pays, alors que le président Joseph Kabila s’est maintenu au pouvoir au-delà des deux mandats consécutifs permis par la constitution en retardant les élections et en étouffant systématiquement la dissidence. Depuis 2015, les forces de sécurité ont tué plus de 300 personnes lors de manifestations essentiellement pacifiques. Des centaines de partisans de l’opposition et d’activistes pro-démocratie ont été jetés en prison.

Les forces de sécurité ont intensifié leur répression en lançant des gaz lacrymogènes et en tirant à balles réelles dans des églises catholiques et aux alentours lors de marches pacifiques qui ont eu lieu après trois messes dominicales depuis décembre, tuant au moins 18 personnes.

Les responsables du gouvernement et le président de la commission électorale assurent que des élections seront organisées le 23 décembre, mais ils ont aussi évoqué de nombreuses contraintes qui pourraient entraîner de nouveaux retards. Le président Kabila lui-même n’a pas encore déclaré qu’il quitterait ses fonctions.

À la lumière de la situation désastreuse des droits humains dans le pays – qui est susceptible de se détériorer en l’absence d’élections crédibles et de générer des risques accrus pour la sécurité dans la région – nous demandons instamment à ce Conseil d’envisager de nouvelles mesures pour faire face à la situation en RD Congo, y compris une session spéciale si la situation s’aggrave.

Je vous remercie.